Thales annonce l’acquisition d’Exail, société française spécialisée dans les drones sous-marins et la navigation sans GPS, pour 3,9 milliards d’euros, après avoir écarté une offre concurrente de Safran.
Le 3 juillet 2026, 18 heures : Raphaël Gorgé, PDG d’Exail, refuse l’offre de rachat de Safran. Le lundi suivant, 7 heures du matin, c’est fait : Thales annonce la finalisation de l’accord portant sur une offre publique d’achat à 100 % d’Exail Technologies. L’opération valorise la société à 3,9 milliards d’euros. Un basculement en quelques heures qui illustre la bataille que se livrent les grands groupes français de défense pour se renforcer dans les technologies critiques. Raphaël Gorgé assume le choix : « Pour l’entreprise, pour ses perspectives, c’est intéressant de pouvoir s’adosser à un groupe qui aura indéniablement les moyens de nous faire accélérer. »
Exail n’est pas une start-up : elle descend d’ECA, fondée en 1936 à Meudon pour « études et constructions aéronautiques ». Dès 1970, le groupe ECA crée pour la Marine nationale le premier drone sous-marin de chasse aux mines, baptisé « poisson autopropulsé » (PAP). Cinquante ans plus tard, Exail maîtrise deux savoir-faire : les drones autonomes sous-marins (guerre des mines, surveillance, reconnaissance) et la navigation inertielle sans GPS, indispensable en milieu dégradé ou brouillé. Ces compétences intéressent Thales pour trois raisons : elles complètent son offre de systèmes navals, répondent aux besoins européens de souveraineté technologique et s’inscrivent dans la militarisation accélérée des investissements.
Un carnet de commandes défense en hausse de 71 % au premier trimestre
Le rachat d’Exail intervient au moment où Thales accélère brutalement sur le segment défense. Au premier trimestre 2026, les prises de commande défense du groupe atteignent 2,2 milliards d’euros, contre 1,3 milliard un an plus tôt. Le chiffre d’affaires défense s’établit à 3,04 milliards d’euros, en croissance organique de 13,2 %[3]. La division défense surclasse désormais les autres activités du groupe, portée par le réarmement de l’OTAN, les tensions en Indo-Pacifique et la guerre de haute intensité en Europe.
Au premier semestre 2026, Thales a engrangé 12,47 milliards d’euros de prises de commandes, en hausse de 21 %[4]. Le ratio book-to-bill dépasse 1, garantissant une expansion continue du carnet. Le groupe vise un chiffre d’affaires annuel compris entre 23,3 et 23,6 milliards d’euros, avec une marge d’Ebit ajustée pouvant atteindre 12,8 %. Patrice Caine, PDG de Thales, multiplie les contrats majeurs : systèmes de défense aérienne, radars longue portée, guerre électronique, cybersécurité militaire, communication tactique sécurisée. Le trimestre a été marqué par des contrats supérieurs à 100 millions d’euros, pour un montant total de 1,6 milliard. Parmi eux, le système de défense antimissile danemark SP TNG, signal fort pour l’industrie européenne.
Désendettement éclair : la dette nette passe de 3,4 à 0,5 milliard en un an

Le rachat d’Exail ne freine pas la trajectoire financière du groupe. La dette nette, qui s’élevait à 3,4 milliards d’euros fin juin 2025, a été réduite de 85 % en douze mois pour tomber à 519 millions au 30 juin 2026. Ce désendettement éclair ne se fait pas au prix d’une pause d’investissement. Thales annonce entre 830 et 850 millions d’euros de dépenses d’investissement industriels en 2026, soit 40 % de plus qu’en 2024, pour accélérer la production de roquettes, munitions, radars et équipements de communication dans ses usines européennes. Le groupe prévoit 9 000 recrutements, dont environ 70 % en Europe.
Les comptes 2025 avaient déjà mis en évidence une capacité à générer près de 2 milliards d’euros de flux de trésorerie disponible dans le sillage d’un bénéfice net en hausse de 66 % à 1,68 milliard d’euros, porté par l’armement et les systèmes de défense. La combinaison de carnets record, de marges en progression et d’un effort d’investissement renforcé desserre rapidement l’étau de la dette. Le modèle de Thales s’arrime désormais plus aux trajectoires budgétaires militaires qu’aux cycles civils.
| Indicateur | Montant / Variation |
|---|---|
| Prises de commandes (S1 2026) | 12,47 milliards d’euros (+21 %) |
| Dette nette (juin 2026) | 519 millions d’euros |
| Dette nette (juin 2025) | 3,4 milliards d’euros |
| Prises de commandes défense (T1 2026) | 2,2 milliards d’euros (+71 %) |
| Chiffre d’affaires défense (T1 2026) | 3,04 milliards d’euros (+13,2 %) |
| Investissements industriels 2026 (prévision) | 830-850 millions d’euros |
| Recrutements prévus | 9 000 postes (dont 70 % en Europe) |
Source : La Tribune
Pourquoi Thales rachète Exail maintenant
Géographie de la croissance : Europe continentale et Moyen-Orient en tête
La dynamique est directement alimentée par le contexte géostratégique mondial. D’un point de vue géographique, la croissance est particulièrement forte en Europe continentale. La France affiche une progression de 26,4 %, tandis que le Moyen-Orient enregistre près de 30 % de croissance organique. Cette montée en puissance traduit une réalité industrielle : l’Europe entre dans une économie de défense structurelle de long terme. Thales bénéficie pleinement de cette recomposition stratégique grâce à son positionnement sur les segments critiques à très haute valeur technologique : radars à longue portée, systèmes de commandement et de contrôle, guerre électronique, cybersécurité militaire, optronique, communication tactique sécurisée et défense solaire intégrée.
Le trimestre compte plusieurs grandes commandes supérieures à 100 millions d’euros, représentant un montant total de 1,6 milliard. Thales confirme l’ensemble de ses objectifs 2026 avec un ratio book-to-bill supérieur à 1. Le groupe n’est plus seulement un acteur technologique européen : il devient progressivement un pilier de la montée en puissance industrielle face à une militarisation accélérée des investissements souverains européens et moyens-orientaux.
Exail, un complément stratégique pour les systèmes navals

L’acquisition d’Exail s’inscrit dans une logique d’intégration verticale. Thales maîtrise déjà les radars, les sonars, les systèmes de combat et la cyberdéfense navale. Exail apporte les drones autonomes sous-marins, notamment pour la guerre des mines, et la navigation inertielle sans GPS. Ces technologies sont devenues critiques : en cas de brouillage électronique ou de conflit de haute intensité, les systèmes de positionnement par satellite deviennent vulnérables. La navigation inertielle, qui repose sur des capteurs embarqués mesurant accélération et rotation, permet de maintenir une position précise sans signal extérieur.
Le PAP, drone sous-marin créé en 1970, a évolué en plusieurs générations. Exail fabrique aujourd’hui des systèmes autonomes capables de patrouiller, d’identifier des objets suspects et de neutraliser des mines sans intervention humaine. La Marine nationale utilise ces drones pour sécuriser les accès portuaires et les zones de mouillage. Thales compte accélérer le développement d’Exail en lui donnant accès à ses ressources : réseaux commerciaux internationaux, capacités d’investissement industriel, compétences en intégration de systèmes complexes.
Safran battu, Thales renforce sa position dans les technologies critiques
L’offre de Safran avait été refusée le 3 juillet en fin de journée. Thales annonçait l’accord trois jours plus tard. Cette séquence illustre la bataille que se livrent les groupes français pour capter les PME et ETI détentrices de savoir-faire critiques. Safran, motoriste et équipementier aéronautique, aurait pu intégrer Exail dans sa division défense et sécurité. Thales a visiblement convaincu Raphaël Gorgé sur les perspectives d’accélération. Le rachat d’Exail pour 3,9 milliards d’euros est le deuxième plus gros rachat de Thales après celui de Gemalto, valorisé à 4,8 milliards en 2017[2].
Thales multiplie les acquisitions ciblées depuis plusieurs années. Le groupe a racheté Guavus (analyse de données) en 2017, Vormetric (cybersécurité) en 2015, et s’est renforcé dans les services de cybersécurité avec Alcatel-Lucent. L’acquisition d’Exail s’inscrit dans cette logique : capter des compétences pointues, les adosser à un industriel de taille mondiale, accélérer leur commercialisation. Début 2026, Thales a également annoncé un partenariat avec Renault Group pour la fabrication de la munition rôdeuse TOUTATIS (30 km, 30 minutes, 150 km/h, charge de 1 kg BlueSilver), avec une production visée de 1 000 unités par mois en 2027.
Le rachat d’Exail permet à Thales de renforcer son offre dans un segment où la demande explose : les drones navals autonomes, la guerre des mines et la navigation sans dépendance satellitaire. L’opération participe aussi d’une course aux compétences dans l’industrie de défense européenne, où la consolidation s’accélère pour répondre aux budgets militaires en forte hausse.
Thales et Exail : les chiffres du rachat
- Thales rachète Exail pour 3,9 milliards d'euros, après une offre concurrente de Safran refusée le 3 juillet 2026
- Exail maîtrise les drones sous-marins autonomes (guerre des mines) et la navigation sans GPS depuis 1970 (PAP)
- Les prises de commande défense de Thales bondissent de 71 % au T1 2026 (2,2 Md€ contre 1,3 Md€)
- La dette nette de Thales passe de 3,4 milliards à 519 millions d'euros en un an (juin 2025-juin 2026)
- Thales investit 830-850 millions d'euros en 2026 pour accélérer la production défense en Europe
- Le groupe vise 9 000 recrutements en 2026, dont 70 % en Europe
Sources
3 sources · 3 faits vérifiés

