Les premiers chrétiens n’ont pas simplement abandonné les amulettes héritées du monde gréco-romain. Une recherche menée à l’Université de Leyde montre que leur usage protecteur a largement persisté, tandis que leurs textes et leurs formes se christianisaient progressivement.
Publiés le 29 septembre 2026 par l’Université de Leyde et relayés par Phys.org, ces travaux de l’historienne Patricia Kret s’intéressent moins aux croyances officielles qu’aux gestes du quotidien. Son étude porte sur l’utilisation des amulettes entre environ 100 avant notre ère et 600 de notre ère, période durant laquelle le christianisme s’est progressivement imposé dans l’Empire romain.
- Les amulettes gréco-romaines ont persisté après l'adoption du christianisme, conservant leur fonction protectrice.
- Le contenu des amulettes s'est christianisé progressivement avec des textes et croix chrétiennes, pas l'usage.
- Des responsables ecclésiastiques condamnaient les amulettes tandis que certains prêtres en fabriquaient.
Des amulettes placées là où la protection était recherchée
Dans le monde romain, une amulette pouvait être portée sur le corps, suspendue à une habitation ou installée à proximité d’un champ. Sa position avait une fonction précise : l’objet devait se trouver au plus près de la personne ou de l’espace qu’il était censé protéger, guérir ou favoriser.
Patricia Kret constate que ce principe a remarquablement résisté au changement religieux. Les amulettes corporelles, notamment, pouvaient prendre la forme d’un texte inscrit sur une petite plaque métallique ou sur un morceau de papyrus, puis être portées autour du cou. L’Université de Leyde présente le projet de recherche de Patricia Kret comme une étude des continuités et des transformations de ces objets entre religions gréco-romaines et christianisme.
La rupture se situe davantage dans le contenu que dans l'usage.
La forme reste, mais le contenu devient chrétien

La rupture se situe davantage dans le contenu que dans l’usage. Au fil de la christianisation, les inscriptions font une place croissante aux textes et références chrétiennes. Certaines amulettes adoptent également la forme d’une croix, tout en conservant leur fonction protectrice et leur manière traditionnelle d’être portées.
La chercheuse a analysé environ 300 amulettes. Certaines indiquent directement la maladie contre laquelle elles étaient censées agir ou délimitent la zone dans laquelle leur protection devait s’exercer. D’autres utilisent des formules héritées de pratiques magiques plus anciennes. Le terme « abracadabra » pouvait par exemple être écrit en diminuant progressivement le nombre de lettres d’une ligne à l’autre, la disparition du mot devant symboliquement accompagner celle de la fièvre.
Cette continuité est également documentée par le Rijksmuseum van Oudheden dans son exposition consacrée à la magie dans l’Antiquité, réalisée avec Patricia Kret : maladies, accidents ou mauvaises récoltes faisaient partie des risques auxquels les populations antiques tentaient de répondre par des objets, des formules et des rituels.
Une pratique combattue par une partie de l’Église
La persistance des amulettes chrétiennes révèle surtout un décalage entre les pratiques quotidiennes et les prescriptions religieuses. Selon les travaux de Kret, des responsables ecclésiastiques condamnaient leur utilisation et certains sermons menaçaient leurs utilisateurs d’excommunication. Pourtant, ces mêmes sources reprochaient également à des prêtres d’en fabriquer.
Les citations bibliques retrouvées sur certaines pièces constituent un élément important de cette histoire. À une époque où les manuscrits bibliques étaient beaucoup moins accessibles qu’aujourd’hui, une petite inscription portée sur soi pouvait offrir un contact matériel et personnel avec un texte chrétien. L’Université de Leyde expliquait déjà en 2022 les objectifs de cette recherche sur les amulettes romaines, centrée notamment sur les usages ordinaires liés à la maladie et à la protection.
Certaines amulettes ont même été réutilisées

L’étude met enfin en évidence la durée de vie parfois exceptionnelle de ces objets. Des amulettes ont été réemployées longtemps après leur fabrication, parfois comme des objets transmis. L’un des exemples étudiés est une petite plaque métallique dont l’inscription indique un usage contre les migraines : découverte dans une tombe avec trois autres amulettes, elle était nettement plus ancienne que celles qui l’accompagnaient.
Ces objets ne permettent pas de savoir exactement ce que chaque propriétaire croyait ni comment chaque rituel était pratiqué. Ils apportent en revanche une trace matérielle d’un phénomène plus large : la christianisation de l’Empire romain n’a pas effacé d’un coup les anciennes pratiques de protection. Certaines ont survécu en changeant de langage, de symboles et de références religieuses.
Questions fréquentes
Pourquoi la position des amulettes était-elle importante dans le monde romain ?
L’objet devait se trouver au plus près de la personne ou de l’espace qu’il était censé protéger, guérir ou favoriser. Les amulettes pouvaient être portées sur le corps, suspendues à une habitation ou installées à proximité d’un champ selon la protection recherchée.
Comment les inscriptions sur les amulettes chrétiennes reflètent-elles la transition religieuse ?
Au fil de la christianisation, les inscriptions font une place croissante aux textes et références chrétiennes. Certaines amulettes adoptent également la forme d’une croix, tout en conservant leur fonction protectrice et leur manière traditionnelle d’être portées.
Quel rôle les citations bibliques jouaient-elles sur les amulettes ?
À une époque où les manuscrits bibliques étaient beaucoup moins accessibles, une petite inscription portée sur soi pouvait offrir un contact matériel et personnel avec un texte chrétien.

