Une étude publiée le 23 septembre 2026 dans Nature montre comment l’alimentation reçue par la drosophile au stade larvaire peut laisser une trace biologique qui persiste chez l’adulte et influence sa durée de vie. Le mécanisme identifié repose notamment sur une protéine de stockage appelée Lsp2.
Les chercheurs du RIKEN et de plusieurs institutions japonaises ont soumis des larves de Drosophila melanogaster à une alimentation temporairement réduite en protéines, avant de redonner aux mouches adultes une alimentation normale. Les adultes issus de ces larves ont vécu plus longtemps dans les conditions expérimentales. Ce résultat ne constitue toutefois aucune recommandation alimentaire pour l’être humain.
- Une alimentation pauvre en protéines durant le stade larvaire allonge la durée de vie des drosophiles adultes.
- La protéine Lsp2 conserve la « mémoire » de cette restriction nutritionnelle après la métamorphose.
- Ces résultats chez l'insecte ne s'appliquent pas à l'humain, qui ne possède pas d'équivalent de Lsp2.
Une restriction en protéines qui laisse une trace après la métamorphose
Dans l’expérience décrite dans l’étude publiée dans Nature, les scientifiques ont diminué la quantité de levure, principale source de protéines dans l’alimentation expérimentale des drosophiles, pendant une partie du développement larvaire.
Après la métamorphose, les mouches ont retrouvé une alimentation standard. Pourtant, les effets de la restriction initiale ne disparaissaient pas : la longévité augmentait chez les mâles comme chez les femelles. Cette modification avait aussi des contreparties. Les adultes étaient notamment plus légers et les femelles présentaient une fécondité réduite.
Lorsque les chercheurs ajoutaient des acides aminés au régime pauvre en levure des larves, l’allongement de la durée de vie disparaissait. Les expériences indiquent donc que l’effet observé est lié à la disponibilité des acides aminés et des protéines pendant le développement.
Les adultes issus de ces larves ont vécu plus longtemps dans les conditions expérimentales.
Lsp2, une protéine qui conserve la « mémoire » de l’alimentation

L’équipe a utilisé des acides aminés marqués par des isotopes stables afin de suivre ce qu’ils devenaient après la métamorphose. Elle a constaté que des acides aminés absorbés par la larve étaient encore utilisés au début de la vie adulte, notamment pour fabriquer des protéines des ribosomes, les structures cellulaires chargées de la synthèse des protéines.
Les chercheurs ont alors identifié Larval serum protein 2 (Lsp2), une protéine de stockage produite en grande quantité pendant le développement. Une alimentation larvaire pauvre en protéines réduit Lsp2 et cette diminution persiste au début de l’âge adulte. Le RIKEN, qui a coordonné ces travaux, décrit Lsp2 comme un élément central de cette « mémoire nutritionnelle ».
En diminuant directement l’expression de Lsp2 par manipulation génétique, les scientifiques ont également observé une baisse de la synthèse des protéines chez les jeunes adultes et une augmentation de leur longévité. La restriction de certains acides aminés particulièrement présents dans Lsp2, dont la tyrosine et la phénylalanine, produisait elle aussi certains de ces effets.
Des résultats qui ne peuvent pas être transposés à l’être humain
L’étude établit un mécanisme expérimental chez la drosophile, mais elle ne démontre pas qu’une restriction en protéines pendant l’enfance augmenterait la longévité humaine. Les auteurs soulignent notamment que les mammifères ne possèdent pas d’équivalent direct de Lsp2. Les résultats et le résumé scientifique de l’étude sont également accessibles dans la base PubMed.
La drosophile reste un modèle de recherche très utilisé pour comprendre des mécanismes biologiques fondamentaux. Le CNRS présente notamment ses élevages expérimentaux de drosophiles, dont le cycle court facilite l’étude du développement et des mécanismes génétiques.
En France, ces travaux ne modifient donc aucune recommandation nutritionnelle. Les repères destinés aux enfants doivent continuer à être suivis indépendamment de cette étude animale. Les prochaines recherches devront déterminer si une forme comparable de mémoire nutritionnelle existe chez les mammifères avant de pouvoir envisager une quelconque implication pour la santé humaine.
Questions fréquentes
Pourquoi les mouches adultes restent-elles affectées par une restriction en protéines du stade larvaire ?
La protéine Lsp2, produite en grande quantité pendant le développement larvaire, conserve les effets de la restriction nutritionnelle. Même après la métamorphose et le retour à une alimentation normale, cette diminution de Lsp2 persiste au début de l’âge adulte, influençant la synthèse des protéines et la longévité.
Cette découverte peut-elle modifier les recommandations nutritionnelles pour les enfants français ?
Non. Les mammifères ne possèdent pas d’équivalent direct de Lsp2, et l’étude n’établit qu’un mécanisme expérimental chez la drosophile. Les repères nutritionnels destinés aux enfants doivent continuer à être suivis indépendamment de cette étude animale.
Quels sont les inconvénients observés chez les mouches ayant reçu une alimentation pauvre en protéines larvaires ?
Les adultes issus de ces larves étaient plus légers et les femelles présentaient une fécondité réduite, malgré leur durée de vie allongée.

