Peint en 1861, admiré à New York puis à Londres, « The Icebergs » de Frederic Edwin Church avait fini par disparaître des radars du monde de l’art. L’immense toile a finalement été identifiée en Angleterre en 1979, dans un bâtiment où elle était restée accrochée sans que sa valeur soit connue.
L’histoire tient presque du roman policier : l’un des grands paysages américains du XIXe siècle n’avait pas été volé ni secrètement déplacé. Il avait simplement cessé d’être identifié au fil des changements de propriétaires et d’usage du bâtiment qui l’abritait. Sa redécouverte a joué un rôle important dans le regain d’intérêt pour Frederic Edwin Church, né il y a deux siècles, en 1826.
- « The Icebergs » peint en 1861 par Frederic Edwin Church a disparu des radars pendant des décennies après sa vente en Angleterre.
- Le tableau a été retrouvé en 1979 dans un escalier de Rose Hill, devenu foyer pour garçons à Manchester.
- Sa vente aux enchères pour 2,5 millions de dollars a relancé l'intérêt pour Church et sa place dans la peinture américaine du XIXe siècle.
Un tableau né d’une expédition vers les icebergs
Frederic Edwin Church, figure majeure de la Hudson River School, entreprend en 1859 un voyage vers Terre-Neuve et les eaux du Labrador afin d’observer directement les icebergs. Le peintre réalise de nombreuses études avant de composer deux ans plus tard, dans son atelier new-yorkais, une toile monumentale consacrée à ces paysages glacés.
Church est alors au sommet de sa carrière. Le Smithsonian American Art Museum présente son parcours et rappelle notamment sa place, aux côtés de son maître Thomas Cole, parmi les grands peintres américains de paysage du XIXe siècle. Son intérêt ne se limite pas à l’esthétique : ses œuvres témoignent également de sa fascination pour les sciences naturelles et l’exploration.
Lors de la présentation new-yorkaise du tableau, le 24 avril 1861, quelques jours après le début de la guerre de Sécession, Church lui donne le titre « The North ». L’œuvre reprend ensuite son titre « The Icebergs » lorsqu’elle est exposée à Londres en 1863. Le peintre y ajoute notamment un mât brisé au premier plan, évocation des dangers des expéditions polaires.
Le tableau disparu depuis des décennies n'avait jamais vraiment quitté Rose Hill.
Après sa vente en Angleterre, la trace du tableau se perd

À Londres, l’œuvre est achetée par Edward William Watkin, dirigeant de compagnies ferroviaires et parlementaire britannique. Elle rejoint Rose Hill, sa propriété située près de Manchester. Après la mort de Watkin en 1901, le tableau cesse progressivement d’être documenté et les spécialistes finissent par ignorer où il se trouve.
Cette disparition passe longtemps presque inaperçue. La réputation de Church avait fortement décliné après sa mort en 1900. À partir des années 1960, cependant, les historiens de l’art recommencent à étudier son œuvre. Une exposition organisée en 1966 par l’historien David Huntington signale explicitement que « The Icebergs » a disparu en Angleterre.
Cette redécouverte critique s’inscrit dans un mouvement plus large de réévaluation de Church. Une publication de la National Gallery of Art consacrée au peintre souligne le rôle déterminant qu’a ensuite joué la réapparition de « The Icebergs » dans le retour de l’artiste au premier plan.
Une signature repérée dans un escalier en 1978
En 1977, la chercheuse Sandra Feldman remonte la piste de l’ancien propriétaire et arrive jusqu’à Rose Hill. Le bâtiment est alors utilisé par les services sociaux de Manchester comme foyer pour garçons. L’administratrice du lieu, Mair Baulch, ne reconnaît d’abord pas le tableau recherché.
L’année suivante, alors qu’elle cherche des objets susceptibles d’être vendus afin de financer des travaux, elle remarque une immense toile sale accrochée dans un escalier peu fréquenté. Dans un coin apparaît une signature : « F.E. Church 1861 ». Une photographie de l’œuvre finit par parvenir à Sotheby’s en 1979. Le rapprochement avec les reproductions connues de « The Icebergs » est alors effectué : le tableau disparu depuis des décennies n’avait jamais vraiment quitté Rose Hill.
Une vente record en 1979

Le 24 octobre 1979, l’œuvre est vendue aux enchères à New York pour 2,5 millions de dollars. La National Gallery of Art indique que cette redécouverte suivie de la vente constitue l’un des événements majeurs ayant contribué au retour de Church dans l’histoire de l’art américain.
Les acquéreurs sont ensuite identifiés comme Norma et Lamar Hunt. Le couple fait finalement don du tableau au Dallas Museum of Art. L’œuvre appartient toujours à ses collections.
Le regain d’attention porté à Church se poursuit aujourd’hui. En 2026, année du bicentenaire de sa naissance, la National Gallery of Art de Washington a notamment consacré une exposition à Niagara, autre sujet emblématique du peintre. La présentation officielle de cette exposition rappelle la place centrale occupée par ses grands paysages dans la peinture américaine du XIXe siècle.
Pourquoi « The Icebergs » reste une œuvre majeure
L’histoire de sa disparition est spectaculaire, mais elle ne doit pas éclipser le tableau lui-même. Church cherchait à conjuguer observation de la nature, connaissances scientifiques et mise en scène monumentale du paysage. Cette démarche apparaît également dans « Aurora Borealis », peint en 1865, dont le Smithsonian American Art Museum détaille le contexte scientifique et artistique.
« The Icebergs » résume cette ambition : montrer au public américain des territoires lointains avec une précision nourrie par l’observation directe, tout en donnant au spectacle naturel une dimension monumentale. Sa redécouverte en 1979 n’a donc pas seulement permis de retrouver un tableau perdu : elle a contribué à remettre en lumière l’un des principaux paysagistes américains du XIXe siècle.
Questions fréquentes
Pourquoi Church a-t-il peint « The Icebergs » ?
Church a entrepris en 1859 un voyage vers Terre-Neuve et le Labrador pour observer directement les icebergs. Il a réalisé de nombreuses études avant de composer en 1861, dans son atelier new-yorkais, cette toile monumentale consacrée à ces paysages glacés, témoignant de sa fascination pour les sciences naturelles et l’exploration.
Comment le tableau a-t-il pu rester caché pendant si longtemps ?
Après son achat par Edward William Watkin à Londres en 1863 et son installation à Rose Hill près de Manchester, la trace du tableau s’est perdue progressivement après la mort de Watkin en 1901. Le bâtiment a changé d’usage et d’administrateurs au fil du temps, et l’œuvre n’a jamais été documentée dans ses nouveaux contextes d’utilisation.
Qui a découvert le tableau en 1978 ?
Mair Baulch, administratrice du foyer pour garçons installé à Rose Hill, a remarqué une immense toile sale accrochée dans un escalier peu fréquenté alors qu’elle cherchait des objets à vendre pour financer des travaux. Elle a repéré la signature « F.E. Church 1861 » et une photographie a été envoyée à Sotheby’s en 1979.

