Retiré de la Tamise à Londres en 1857, le bouclier de Battersea reste entouré d’un mystère : pourquoi un objet aussi travaillé a-t-il fini dans le fleuve ? L’hypothèse d’un dépôt rituel est avancée par les spécialistes, mais elle ne peut pas être considérée comme définitivement établie.
Plus de 160 ans après sa découverte, l’objet continue d’attirer l’attention des archéologues. Une présentation récente du London Museum, consacrée aux découvertes de la Tamise, a notamment remis en lumière cette pièce spectaculaire aujourd’hui conservée au British Museum. Les données du musée permettent toutefois de distinguer ce qui est établi de ce qui relève encore de l’interprétation.
- Découvert en 1857 dans la Tamise, le bouclier de Battersea date de 350 à 50 avant notre ère.
- Son parement de bronze orné de motifs La Tène et d'éléments en verre rouge témoigne d'un travail très élaboré.
- Les archéologues débattent encore : dépôt rituel volontaire ou perte accidentelle il y a plus de 2 000 ans.
Un bouclier fabriqué entre 350 et 50 avant notre ère
Le British Museum date le bouclier de Battersea approximativement de 350 à 50 avant notre ère, pendant l’âge du Fer. Il a été découvert dans la Tamise à Battersea, probablement près de l’actuel Chelsea Bridge.
Malgré son nom, ce qui subsiste n’est pas un bouclier complet. Il s’agit principalement d’un parement métallique qui devait être fixé sur un support en matière organique, probablement en bois. Cette partie n’a pas été conservée. Le parement mesure 77,7 cm de long, jusqu’à 35,7 cm de large et pèse 3,4 kg.
L’objet est constitué de plusieurs feuilles de bronze assemblées par des rivets. Les analyses citées par le British Museum indiquent pour ses composants métalliques un alliage d’environ 85 % de cuivre, 10 % d’étain et 5 % de plomb. Le musée estime qu’il a presque certainement été fabriqué en Grande-Bretagne, notamment en raison de la forme caractéristique de son umbo central.
Aucun document ne permet de connaître l'intention de la personne qui a placé ou perdu l'objet dans le fleuve il y a plus de deux millénaires.
Une décoration particulièrement élaborée

Le bouclier est surtout remarquable par ses trois grands motifs circulaires réalisés dans le style de La Tène, associé à l’art de l’âge du Fer européen. Le décor combine des formes en S entrelacées, des motifs végétaux et un travail au repoussé, complété par des gravures et des ponctuations.
Vingt-sept éléments en verre rouge opaque, de plusieurs dimensions, complètent la décoration. Le plus grand se trouve au centre de l’umbo. Contrairement à une idée qui pourrait naître de son aspect brillant, les analyses du British Museum indiquent que l’objet n’a vraisemblablement jamais été doré.
Sa datation précise reste difficile. Le musée souligne que son décor ne possède pas d’équivalent suffisamment proche pour permettre de resserrer avec certitude la période de fabrication.
Pourquoi ce bouclier se trouvait-il dans la Tamise ?
C’est la principale question laissée sans réponse. Le London Museum a consacré en 2025 une présentation à ce mystère, avec notamment Sophia Adams, conservatrice au British Museum. L’absence apparente de dommages liés au combat et la richesse de l’objet alimentent l’idée qu’il pouvait avoir une fonction de prestige plutôt qu’être un simple équipement militaire.
Une possibilité est celle d’un dépôt volontaire dans la Tamise à caractère rituel. Des objets de valeur ont été retrouvés dans des cours d’eau britanniques et certains sont interprétés comme des dépôts intentionnels. Un autre bouclier de l’âge du Fer conservé par le British Museum, découvert à Chertsey, est ainsi présenté par l’institution comme ayant été délibérément placé dans la Tamise.
Pour Battersea, cette interprétation demeure néanmoins une hypothèse. Aucun document ne permet de connaître l’intention de la personne qui a placé ou perdu l’objet dans le fleuve il y a plus de deux millénaires.
Un objet découvert en 1857 et toujours exposé à Londres

Le bouclier a été retrouvé en 1857 lors de travaux dans la Tamise. Il est entré la même année dans les collections du British Museum. Son manche, enregistré séparément par le musée, est également daté de 350 à 50 avant notre ère.
Le parement est aujourd’hui exposé dans la salle 50 du British Museum, consacrée à la Grande-Bretagne et à l’Europe entre 800 avant notre ère et 43 de notre ère. Plus de 2 000 ans après sa fabrication, sa provenance britannique, sa composition et sa technique sont bien documentées. La raison de son immersion dans la Tamise, elle, reste ouverte : le scénario du dépôt rituel est plausible et étudié par les archéologues, mais il n’est pas démontré avec certitude.
Questions fréquentes
Le bouclier de Battersea est-il intact ?
Non. Ce qui subsiste est principalement un parement métallique qui devait être fixé sur un support en matière organique, probablement en bois, aujourd’hui disparu. Le parement mesure 77,7 cm de long et pèse 3,4 kg.
Pourquoi les archéologues pensent-ils que ce bouclier n'était pas un simple équipement militaire ?
L’absence apparente de dommages liés au combat et la richesse exceptionnelle de l’objet alimentent l’idée qu’il avait une fonction de prestige plutôt que militaire. De plus, sa composition en alliage cuivré et ses incrustations en verre rouge opaque suggèrent un objet de statut élevé.

