Le drone de combat furtif qui devait accompagner le Rafale au standard F5 n’apparaît plus dans les projets du ministère des Armées.
Devant le Sénat, dans le cadre de l’examen du projet de loi de finances 2027, la ministre Catherine Vautrin en a parlé au passé. À la place, la direction générale de l’armement a lancé une demande d’informations internationale pour des drones de combat collaboratif, catégorie qu’aucun industriel français ne propose aujourd’hui.
Ce qui avait été annoncé en octobre 2024
Conformément à la loi de programmation militaire 2024-2030, le ministère avait annoncé il y a deux ans le développement d’un drone de combat furtif destiné à accompagner le Rafale F5. Le PDG de Dassault Aviation, Éric Trappier, s’était félicité d’un appareil qui « contribuera à la supériorité technologique et opérationnelle des ailes françaises à partir de 2033 ».
Ce drone devait capitaliser sur le programme nEUROn, premier démonstrateur technologique européen de drone de combat. Il devait incorporer des technologies de furtivité, un contrôle autonome avec l’humain dans la boucle, et un emport d’armement en soute.
Deux familles de drones, et une confusion à lever
L’armée de l’Air et de l’Espace s’intéresse en parallèle aux drones de combat collaboratif, qui ne relèvent pas de la même catégorie. Son chef d’état-major, le général Jérôme Bellanger, les a décrits devant les parlementaires comme « une petite révolution », tout en rappelant qu’ils existent déjà aux États-Unis, en Chine et en Australie.
L’idée est d’aligner des plateformes plus imposantes que les drones actuels, dotées d’un certain niveau de furtivité et d’armement, surtout réutilisables, « sans pour autant coûter le prix d’un avion de chasse ». Le drone furtif dérivé du nEUROn, lui, devait incarner « le très haut du spectre » de cette famille.

Dassault attend toujours son contrat
Au 1er juillet, l’avionneur n’avait reçu aucune commande pour développer cet appareil. Son PDG avait reconnu une « petite déception » devant le Sénat, lors d’une audition sur l’avenir de l’aviation de combat, faute de drone de combat lancé à ce stade, en invoquant les contraintes budgétaires.
Le signal le plus net est venu cet été. Parmi les premiers contrats notifiés par la DGA pour le développement du Rafale F5, qui portent sur le radar, le moteur, la liaison de données, l’autoprotection et la centrale inertielle, aucun ne concernait ce drone.
La ministre en parle au passé
L’audition sénatoriale a levé le doute sur la formulation. « En ce qui concerne le projet UCAV, dont l’objet était de développer un drone de combat furtif accompagnateur du Rafale F5, issu des travaux du nEUROn, les retours d’expérience des conflits actuels [ont] conduit[…] à explorer l’ensemble des concepts de drones candidats à cet accompagnement », a déclaré Catherine Vautrin.
L’imparfait n’est pas une maladresse de langage dans ce contexte. Il indique que le périmètre a changé : il ne s’agit plus de développer un appareil précis, mais d’examiner l’ensemble des concepts disponibles.

Une demande d’informations internationale
La DGA avait émis quelques semaines plus tôt une demande d’informations auprès de l’industrie, en vue de l’acquisition éventuelle de drones de combat collaboratif. Les missions envisagées couvrent l’air-air, l’air-sol et l’air-surface, mais aussi la reconnaissance, le ciblage, la guerre électronique et la destruction des défenses aériennes adverses.
Les réponses industrielles ont été recueillies cet été. Une étude est en cours pour préciser les apports opérationnels et les scénarios d’emploi, avant une phase d’expérimentation associant un chasseur et un drone de combat collaboratif en 2028. La ministre faisait manifestement référence au projet HypAIRion de l’armée de l’Air.
Pourquoi ce choix se pose maintenant
Le calendrier du Rafale F5 explique l’urgence. Le standard doit être qualifié à l’horizon 2033, et son intérêt tient en partie à la capacité d’entrer en premier sur un théâtre défendu, mission dans laquelle un accompagnateur sans équipage prend tout son sens.
Un drone qui ouvre la brèche dans une défense aérienne est sacrifiable, là où un chasseur piloté ne l’est pas. C’est cette asymétrie que les armées cherchent, et elle suppose un appareil disponible en nombre, donc nettement moins cher qu’un avion de combat.
Ce que la ministre n’a pas dit
Aucune annonce d’abandon du drone furtif n’a été faite, et aucun calendrier de décision n’a été donné. La question reste donc ouverte, mais elle se pose dans des termes inconfortables.
Si la France s’oriente vers l’acquisition de drones de combat collaboratif, elle se tourne vers une catégorie qu’aucun industriel national ne propose en l’état, alors que le pays dispose avec nEUROn d’un démonstrateur européen qui a volé. L’arbitrage ne porte donc pas seulement sur un besoin opérationnel : il porte sur ce que l’on choisit de ne pas développer chez soi.
Source principale :
- Direction générale de l’armement, « La DGA commande des premiers travaux en amont du prochain lancement en réalisation du standard F5 du Rafale », 10 septembre 2026
https://www.defense.gouv.fr/dga/actualites/dga-commande-premiers-travaux-amont-du-prochain-lancement-realisation-du-standard-f5-du-rafale
Détaille les cinq contrats notifiés cet été, dont aucun ne concerne le drone de combat accompagnateur.

