Le Conseil fédéral suisse a annoncé le 28 octobre que le choix de son second système de défense aérienne de longue portée se fera entre le Barak MX israélien et le SAMP/T NG franco-italien.
Les trois autres candidats sont écartés. Le système d’Eurosam revient ainsi dans une compétition dont il avait été exclu quelques années plus tôt, au profit du Patriot américain. Ce sont les déboires de cet achat qui lui rouvrent la porte.
Ce qu’a décidé le Conseil fédéral
« Après avoir évalué les offres, le Conseil fédéral a décidé, au vu des aspects techniques, militaires, de politique d’armement et de politique de sécurité, de restreindre la sélection aux deux systèmes Barak MX et SAMP/T NG », indique le communiqué du 28 octobre.
Le gouvernement suisse a par ailleurs chargé son département de la Défense de prendre également en compte, avec les départements des Affaires étrangères, de la Justice, de l’Économie et des Finances, des considérations de politique étrangère et de politique économique. La formulation ouvre explicitement la décision à des critères qui ne sont pas techniques.
Cinq candidats au départ
En mai, dans le cadre du programme Bodluv GR2, l’Office fédéral de l’armement avait sollicité cinq industriels : Diehl Defence pour l’IRIS-T SLX, Hanwha Aerospace pour le L-SAM sud-coréen, Rafael pour David’s Sling, Israel Aerospace Industries pour le Barak MX, et le consortium franco-italien Eurosam pour le SAMP/T NG.
Diehl Defence a été écarté rapidement. En septembre, la presse suisse donnait le duel final entre le SAMP/T NG et le L-SAM, les chances des deux industriels israéliens paraissant minces pour des raisons politiques et industrielles. C’est précisément l’un d’eux qui figure dans la sélection finale, et le Sud-Coréen qui en sort.

Ce que la Suisse exige du vainqueur
L’entreprise retenue « devra, dans la mesure du possible, produire à moyen terme en Suisse ou en Europe les missiles et les systèmes de conduite, ou tout au moins leurs composants critiques », avait précisé le département de la Défense au moment de lancer sa demande d’informations.
Cette clause pèse lourd dans la comparaison. Eurosam réunit MBDA et Thales, et produit déjà en Europe l’intégralité de la chaîne, missile comme conduite de tir. Un candidat non européen doit, lui, construire cette implantation.
Le précédent Patriot
La Suisse avait confirmé en 2022 la commande de cinq systèmes Patriot, pour 2,3 milliards de francs suisses. Washington ayant revu ses priorités, elle ne devrait pas les recevoir avant cinq à sept ans, avec d’importants surcoûts.
Le directeur de l’Office fédéral de l’armement, Urs Loher, a été explicite auprès de la Neue Zürcher Zeitung : la nouvelle hiérarchisation des priorités à Washington signifie que l’Allemagne recevra les unités destinées à la Suisse, laquelle « repart les mains vides » pour le moment. Elle récupérera au moins une partie des acomptes versés.

La procédure américaine mise en cause
Au-delà du retard, c’est le mécanisme d’achat qui est visé. La procédure dite Foreign Military Sales, par laquelle Washington gère le contrat au nom de l’acheteur, ne sera plus privilégiée. « C’est l’un des principaux enseignements de l’achat des F-35 », a déclaré le directeur de l’Office fédéral de l’armement.
Les griefs sont précis : en cas de litige sur le prétendu prix fixe, aucune juridiction n’est compétente ; quand le gouvernement américain modifie ses priorités et redirige des livraisons, l’acheteur n’a aucun moyen juridique de s’y opposer ; et aucune pénalité n’est prévue en cas de retard. D’où la préférence annoncée pour une négociation directe avec les industriels, qui joue mécaniquement en faveur des offres européennes.
Ce que le SAMP/T NG apporterait
Le système franco-italien monte en puissance en France même, où la direction générale de l’armement a commandé le 21 octobre quatre sections supplémentaires, portant à douze le total destiné à l’armée de l’Air et de l’Espace.
Cet effet de volume compte dans une négociation d’exportation. Un client qui achète un matériel déjà commandé en nombre par son pays d’origine bénéficie d’une chaîne de production lancée, d’un soutien mutualisé et d’un retour d’expérience opérationnel, trois arguments qu’un industriel peut difficilement improviser.
Ce qui reste à trancher
L’achat des cinq Patriot est maintenu : « Abandonner l’acquisition du Patriot sans système de remplacement n’est pas une option dans la situation actuelle », estime le Conseil fédéral. Le second système viendra donc en complément, et non en remplacement.
Le choix final dépend du débat parlementaire sur le financement supplémentaire de l’armée, attendu lors de la session d’hiver. Le Conseil fédéral examinera ensuite une proposition d’acquisition. Pour Eurosam, l’enjeu dépasse le contrat suisse : une sélection par un pays réputé exigeant, après un revers face au Patriot, vaudrait référence sur tous les dossiers européens en cours.
Sources principales :
- Direction générale de l’armement, « La DGA commande quatre systèmes supplémentaires de défense sol-air SAMP/T NG », 21 octobre 2026
https://www.defense.gouv.fr/dga/actualites/dga-commande-quatre-systemes-supplementaires-defense-sol-air-sampt-ng
Établit la commande française de quatre sections supplémentaires, qui porte à douze le total destiné à l’armée de l’Air. - RTS, « Défense sol-air suisse : la France et Israël en compétition », 28 octobre 2026
https://www.rts.ch/info/suisse/2026/article/defense-sol-air-suisse-la-france-et-israel-en-competition-29398853.html
Rapporte la décision du Conseil fédéral de restreindre la sélection à deux systèmes et ses suites parlementaires.

