Paris et Berlin ont scellé un accord sur la gouvernance et le capital de KNDS, ouvrant la voie à une introduction en Bourse attendue d’ici la fin de 2026, pour une valorisation comprise entre 15 et 20 milliards d’euros.
Au premier jour du salon Eurosatory, Jean-Paul Alary ne s’est pas dérobé. « Le plus tôt sera le mieux : c’est le meilleur scénario pour nous », a déclaré le PDG de KNDS. Le calendrier tient : l’introduction en Bourse reste prévue cette année, avec une double cotation à Paris et à Francfort. Les équipes « travaillent avec beaucoup d’énergie », selon lui, et « le conseil d’administration a validé le projet ».
Ce qui manquait jusqu’ici, c’était l’accord politique entre les deux États actionnaires. Il est désormais signé. La France et l’Allemagne se sont entendus sur un partage à parité du capital et sur les règles de gouvernance du groupe, constructeur du Caesar, du char Leopard et du Jaguar. « En fixant ce cadre franco-allemand, les deux États franchissent une étape décisive pour renforcer leur souveraineté partagée dans la défense terrestre », ont indiqué Paris et Berlin dans un communiqué conjoint publié le 22 juin 2026. Emmanuel Macron a salué l’opération : « Avec l’Allemagne, nous posons aujourd’hui un acte majeur de souveraineté pour notre défense. »
Une IPO sous pression, entre famille Bode-Wegmann et Rheinmetall
La structure capitalistique de KNDS est simple sur le papier : deux actionnaires à 50/50, l’État français via Giat Industries d’un côté, la famille Bode-Wegmann de l’autre. C’est cette deuxième moitié qui met le feu aux poudres. Après plusieurs années d’hésitations, une partie des 27 membres de la famille a décidé de vendre tout ou partie de ses parts, représentant au total 50 % du capital. C’est cette vente qui déclenche le processus d’introduction en Bourse. [2]
La famille réclamait une valorisation à 25 milliards d’euros. JP Morgan, banque mandatée pour l’opération, a fixé une fourchette plus basse : entre 18 et 20 milliards. KNDS est certes un acteur de poids, mais Rheinmetall reste le leader du marché européen des blindés, et le groupe allemand a perdu 25 % de sa valeur en Bourse depuis janvier 2026. Ce contexte pèse sur l’évaluation. [5]
L’enjeu dépasse la seule valorisation. Une partie de la bataille porte sur la composition du futur actionnariat : côté français, l’objectif est d’empêcher Rheinmetall de s’inviter massivement dans le capital du groupe franco-allemand lors de l’introduction. Berlin, de son côté, vise une participation de 40 % dans KNDS, selon Les Echos. L’accord annoncé le 22 juin sur la parité et la gouvernance répond précisément à cette préoccupation.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Valorisation visée (fourchette JP Morgan) | 18 à 20 milliards d’euros |
| Valorisation plancher retenue (sources multiples) | Plus de 15 milliards d’euros |
| Places de cotation prévues | Paris et Francfort (double cotation) |
| Part de la famille Bode-Wegmann mise en vente | Tout ou partie des 50 % détenus par 27 membres |
| Part visée par l’État allemand | 40 % |
| Objectif de production | Multiplier par 4 d’ici à 2028 |
Source : Les Echos, La Tribune, Zone Militaire
Le chantier opérationnel : quadrupler la production, restructurer les finances

L’introduction en Bourse n’est pas une fin en soi pour KNDS. Elle doit financer une montée en cadence industrielle sans précédent. Le groupe s’est fixé l’objectif de multiplier par quatre sa production de chars et de blindés d’ici à 2028, notamment pour répondre aux commandes de l’armée allemande. Les usines doivent être modernisées en profondeur. [1]
Jean-Paul Alary, nommé directeur général en avril 2025, avait reçu cette mission dès sa prise de poste. Ancien directeur général de Safran Aircraft Engines, il l’a formulé clairement lors de sa première rencontre avec la presse : « KNDS a été créé il y a dix ans avec l’ambition de créer un champion européen et la conviction que des entreprises trop nationales n’auraient pas d’avenir. À présent, KNDS doit prouver cette ambition. »
Pour préparer l’opération financièrement, le groupe a recruté Christian Schulz au conseil d’administration, à compter du 1er janvier 2026. Ancien directeur financier de Renk Group AG, il a conduit l’introduction en Bourse de Renk et celle de Traton, filiale de Volkswagen. Sa mission chez KNDS : apporter cette expérience et restructurer le bilan du groupe avant la cotation.
La présidence du conseil d’administration est assurée par Tom Enders, l’ancien patron d’Airbus. C’est lui qui a fixé le ton au salon Eurosatory : « Le moment est venu et l’entreprise est prête. » À Eurosatory, KNDS a également présenté le Capint (Capacité intermédiaire), un nouveau char construit sur un châssis dérivé du Leopard 2 A8 allemand associé à une tourelle téléopérée française Ascalon, dont la mise en service est prévue pour 2030.
Pourquoi l'IPO de KNDS est un acte géopolitique
Un marché boursier favorable, mais des turbulences à gérer
Le contexte boursier reste porteur pour les valeurs de défense en 2026, même si Rheinmetall a subi une correction sévère depuis le début de l’année. Cette décote du concurrent principal illustre la volatilité du secteur et justifie, aux yeux de certains observateurs, la prudence sur le calendrier exact de l’opération. KNDS maintient néanmoins sa trajectoire sans attendre une éventuelle montée au capital de l’État allemand. [5]
Si l’opération se réalise dans la fourchette retenue par JP Morgan, elle figurerait parmi les plus importantes introductions en Bourse européennes dans le secteur de la défense. Pour KNDS, l’accès aux marchés de capitaux permettrait de rivaliser à armes plus égales avec Rheinmetall, qui dispose déjà d’une cotation et de capacités de financement que le groupe franco-allemand n’a pas encore.
La double cotation Paris-Francfort symbolise aussi l’équilibre politique recherché : aucun des deux États ne doit pouvoir imposer sa loi à l’autre. L’accord du 22 juin 2026 sur la parité capitalistique et la gouvernance en est la traduction concrète, avant que les marchés ne tranchent sur le reste.
KNDS en Bourse 2026 : les chiffres à retenir
- KNDS fabrique le Caesar, le char Leopard et le Jaguar.
- La double cotation est prévue à Paris et à Francfort.
- Tom Enders, ex-PDG d'Airbus, préside le conseil d'administration de KNDS.
- Christian Schulz, recruteur fin 2025, a piloté l'IPO de Renk Group et de Traton.
- Le Capint, nouveau char franco-allemand présenté à Eurosatory, est attendu en service en 2030.
- La famille Bode-Wegmann regroupe 27 membres détenant ensemble 50 % du capital.
Sources
3 sources · 4 faits sourcés
