La Direction générale de l’armement a notifié, le 21 juillet, une douzaine de drones anti-mines supplémentaires pour le programme SLAM-F, accompagnés de l’affrètement de navires civils porteurs.
L’opération vise à renforcer la protection des approches maritimes métropolitaines, en particulier les accès aux bases des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins et du porte-avions. La commande porte sur des drones de surface et des engins sous-marins, destinés à détecter, identifier et neutraliser des mines sans exposer les équipages.
Ce déploiement intervient alors que les anciens chasseurs de mines tripartites et remorqueurs de sonars approchent de leur retrait. Pour éviter toute rupture capacitaire, la Marine affrétera des navires civils qui serviront de plateformes pendant la montée en puissance. Un premier bâtiment dédié est attendu autour de 2027, sous réserve de confirmation du calendrier.
Un dispositif pour protéger les SNLE de l’ÃŽle Longue
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L’enjeu est d’abord stratégique. Quelques mines positionnées dans une voie de navigation peuvent contraindre les forces armées à mobiliser des moyens de détection et de neutralisation pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Le détroit d’Ormuz, possiblement miné par l’Iran, illustre cette menace.
Pour la France, la surveillance des accès aux bases navales revêt une dimension critique. Une mine placée dans les abords de l’ÃŽle Longue ou de Toulon pourrait perturber la disponibilité des SNLE, donc affecter la dissuasion nucléaire, ou bloquer la sortie du Charles de Gaulle et du futur France Libre[1].
Les drones du programme SLAM-F doivent permettre de traiter cette menace en limitant l’exposition des plongeurs-démineurs. À terme, la Marine recevra également de nouveaux bâtiments de guerre des mines et des bâtiments bases pour plongeurs-démineurs, qui viendront compléter le dispositif.
Deux coopérations européennes structurantes

Le programme SLAM-F repose sur deux partenariats. La France travaille avec le Royaume-Uni dans le domaine des drones, via l’OCCAR, avec Thales et ECA dans le cadre du programme MMCM[1]. Parallèlement, elle collabore avec la Belgique et les Pays-Bas pour la conception des futurs bâtiments porteurs[2].
Selon la DGA, ces coopérations renforcent l’interopérabilité tout en préservant l’autonomie stratégique et la maîtrise technologique françaises. L’objectif est de conserver une expertise opérationnelle et industrielle de premier plan dans la guerre des mines, domaine où l’armée française fait référence.
Pourquoi la Marine renforce ses capacités anti-mines
L’héritage toxique des deux guerres mondiales
Ces drones pourraient aussi servir le long du littoral français, confronté à l’héritage des deux guerres mondiales. Une étude indépendante citée au Sénat recense plus de cent zones de munitions immergées : décharges d’explosifs, dépôts et épaves contenant encore des munitions[2].
Mines, obus ou torpilles menacent la pêche, la plaisance, la pose de câbles sous-marins, les travaux d’infrastructure et le développement des installations éoliennes en mer. Cette présence soulève également un risque environnemental. Des substances explosives (TNT, tétryl, RDX) peuvent contaminer l’eau, les sédiments et la chaîne alimentaire.
Chaque année, les plongeurs-démineurs détruisent dans les eaux françaises l’équivalent de 20 à 30 tonnes de TNT[2]. Des opérations de neutralisation sont régulièrement conduites à proximité des ports et des zones de navigation, mais l’érosion et la submersion marine compliquent ces interventions en découvrant ou en déplaçant des munitions jusque-là enfouies.
Un besoin durable de cartographie et de surveillance

Le renforcement de la lutte anti-mines ne relève donc plus seulement de la défense militaire. Il répond aussi à un besoin durable de cartographie, de surveillance environnementale et de sécurisation des activités maritimes civiles.
Avec cette commande de douze drones supplémentaires, la France accentue la montée en puissance du système SLAM-F, annoncée depuis janvier 2025 avec la réception du premier drone de surface de 12 mètres[1]. La transition vers un dispositif autonome et polyvalent doit s’achever avant le retrait définitif des anciens chasseurs de mines tripartites, prévu dans les prochaines années.
Drones anti-mines SLAM-F : ce qu'il faut retenir
- La DGA a notifié douze drones anti-mines (surface et sous-marins) le 21 juillet 2026 dans le cadre du programme SLAM-F
- Des navires civils affrétés serviront de plateformes porteuses jusqu'à la livraison du premier bâtiment dédié, attendu autour de 2027
- Le programme repose sur deux coopérations européennes : avec le Royaume-Uni pour les drones (MMCM, OCCAR) et avec la Belgique et les Pays-Bas pour les bâtiments porteurs
- Plus de cent zones de munitions immergées sont recensées le long du littoral français, héritage des deux guerres mondiales
- Les plongeurs-démineurs français neutralisent chaque année l'équivalent de 20 à 30 tonnes de TNT dans les eaux nationales
Sources
2 sources · 6 faits vérifiés

