Le 9 juin 2026, deux Rafale français et deux T-50 irakiens ont mené un vol commun au-dessus de l’Irak : une première pour les chasseurs irakiens, accompagnés pour un exercice d’appui feu rapproché.
La scène s’est jouée en zone irakienne, sous l’égide de la mission Chammal : deux Rafale B de la base aérienne projetée au Levant, quatre aviateurs français à bord, deux pilotes, deux navigateurs officiers systèmes d’armes (NOSA) —, et deux T-50 irakiens volant en formation. Objectif : un exercice d’appui feu des troupes au sol, ce qu’on appelle un « close air support » (CAS). L’entraînement s’inscrit dans le cadre du partenariat bilatéral « Partner Nation Integration », dit PNI, dispositif par lequel la France accompagne la montée en compétences des forces armées irakiennes.
Pour les T-50 irakiens, c’est une étape : jamais ces appareils n’avaient volé au côté d’avions étrangers. Le scénario avait été préparé en amont, en liaison avec les pilotes irakiens. L’idée n’est pas de voler côte à côte pour la photo, mais de partager des pratiques opérationnelles et de poser les bases d’un travail interarmées. Un vol commun de ce type impose de coordonner procédures radio, manÅ“uvres tactiques, gestion des cibles au sol : autant de gestes qui se rôdent par la répétition.
Un pilier de Chammal : rendre autonomes les forces irakiennes
L’opération Chammal a été lancée le 19 septembre 2014. Elle constitue le volet français de l’opération internationale Inherent Resolve, conduite sous commandement américain. À l’origine, l’objectif était de contrer l’expansion de Daech en Irak et en Syrie. Aujourd’hui, l’organisation a été refoulée, contrainte à l’insurrection. L’enjeu a changé de nature : il s’agit d’accompagner les autorités irakiennes pour qu’elles assurent seules, à terme, la sécurité du pays face à une résurgence possible.
Le ministère des Armées mène régulièrement des entraînements conjoints avec les forces irakiennes[2]. Les Rafale de la base projetée au Levant servent de pivot à ces activités, aux côtés des contrôleurs de défense aérienne irakiens. L’idée est de renforcer en continu les compétences opérationnelles, en vue d’une autonomie durable. La collaboration ne se limite pas à des vols isolés : elle s’inscrit dans une doctrine de long terme, articulée autour du conseil, de l’accompagnement et de la formation.
Une posture aérienne sous tension au Levant

Début juin, parallèlement à cette mission, l’armée de l’Air et de l’Espace participait à l’exercice Otan Ramstein Flag 2026, organisé en Suède du 8 au 18 juin. Ce rendez-vous annuel réunit les forces aériennes alliées pour renforcer l’interopérabilité et préparer les équipages aux conflits de haute intensité. C’est un autre visage de l’activité aérienne française : loin du Levant, mais dans la même logique de préparation et de coopération.
Au Levant, la mission reste d’abord celle de la protection. Les Rafale assurent la défense de l’espace aérien dans un contexte tendu. Entre février et avril 2026, l’armée de l’Air française a multiplié les interceptions de drones et de missiles pour protéger ses partenaires régionaux. Les avions ont effectué 360 missions, les hélicoptères Fennec une trentaine[4]. Le commandant Quentin, rentré de déploiement sur la base d’Orange, a parlé d’un « mur de radars et de missiles dressé pour intercepter tout ce qui pourrait arriver ». Le taux d’engagement ponctuel de l’aviation de chasse a atteint 80 %, un niveau qualifié d’« énorme » par le général Julien Sabéné.
L’armée de l’Air a dû adapter en urgence la conduite de tir du canon du Rafale pour pouvoir engager des cibles lentes, les drones —, et s’apprête à équiper l’appareil de paniers de roquettes, bien moins coûteuses qu’un missile air-air.
Pourquoi ce vol commun marque une étape
Un théâtre qui reste fragile
Le volet irakien de Chammal se poursuit dans un environnement instable. En février 2026, le sergent-chef Thibaud Breteau, armurier au détachement munition de la base aérienne projetée au Levant, a été grièvement blessé lors d’un accident de manutention[5]. Évacué d’urgence, il est décédé le 16 février. C’est un rappel que le risque opérationnel ne se limite pas aux missions aériennes : la logistique, la maintenance et le soutien au sol sont tout aussi exposés.
La France maintient sa posture au Proche et Moyen-Orient ainsi que dans l’océan Indien, conformément aux accords de défense conclus avec ses partenaires régionaux. Les Rafale poursuivent leurs sorties opérationnelles en Irak, avec l’appui de ravitailleurs de la coalition. En mer, deux chasseurs de mines tripartites restent déployés depuis Oman, en complément d’un dispositif de frégates et d’aéronefs, pour rétablir la liberté de navigation dans le golfe d’Oman et d’Aden.
Le vol commun du 9 juin entre Rafale français et T-50 irakiens s’inscrit dans cette continuité : former, accompagner, renforcer. L’objectif est clair : permettre aux Irakiens de tenir seuls l’espace aérien, et de répondre eux-mêmes à la menace résiduelle de Daech. Ce type de mission prend du temps, se mesure en cycles d’entraînement, en procédures partagées et en confiance construite vol après vol.
Mission Rafale-T-50 en Irak : les points clés
- 9 juin 2026 : premier vol commun entre Rafale français et T-50 irakiens au-dessus de l'Irak
- Mission d'appui feu au sol (close air support) préparée en amont avec les pilotes irakiens
- Chammal lancée en septembre 2014, volet français de l'opération Inherent Resolve
- 360 missions Rafale effectuées entre février et avril 2026 pour intercepter drones et missiles
- Le sergent-chef Thibaud Breteau, armurier, décédé le 16 février 2026 après un accident de manutention au Levant
Sources
3 sources · 3 faits vérifiés

