Commandé par la DGA, le 4 Troop est un véhicule militaire multi-missions construit sur des bases civiles Renault. Il sera fabriqué dès 2027.
Renault et Thales ont présenté lundi au salon Eurosatory, près de Paris, un prototype de véhicule 4×4 tactique baptisé 4 Troop. L’engin est conçu à la demande de la Direction générale de l’armement et repose sur une base simple : intégrer des technologies militaires signées Thales dans des véhicules de série du groupe Renault. Le résultat, officiellement qualifié de «Véhicule civil multirôle» (VCMR), peut aussi bien servir de poste de commandement mobile que de plateforme de déploiement de drones et de robots.
L’idée n’est pas de concevoir un blindé de A à Z, mais de militariser des modèles existants. La R4, le Dacia Bigster, des utilitaires légers, voire des SUV peuvent tous servir de base au 4 Troop, a précisé au Parisien Ombeline Suzanne, directrice des projets spéciaux et des partenariats chez Renault. Ce choix réduit les délais et les coûts de développement, tout en s’appuyant sur des chaînes de production déjà opérationnelles.
Ce que le 4 Troop peut faire sur le terrain
Le spectre de missions décrit dans le communiqué commun des deux groupes est large : reconnaissance, coordination sur le terrain, escorte, soutien logistique, surveillance de zones sensibles. Les drones volants et terrestres sont pilotables directement depuis le tableau de bord. C’est sur ce point que le partenariat avec Thales prend tout son sens : l’électronique embarquée, la gestion des données, le commandement numérique, tout cela vient du spécialiste de Vélizy.
Pour Renault, c’est une étape supplémentaire dans une conversion au secteur militaire qui s’accélère visiblement. Le 4 Troop a été présenté le 15 juin, et dès le lendemain, le groupe officialisait une coopération avec Thales pour produire en masse le drone kamikaze Toutatis, avec un objectif d’un millier d’engins assemblés par mois. «S’il faut passer de 1 000 à 10 000 drones par mois, on peut répondre», résume le positionnement affiché par les deux partenaires selon Challenges. [4]
Le Toutatis : un drone kamikaze réinventé avec Renault
Le Toutatis mérite qu’on s’y arrête. Ce drone suicide d’un mètre de long, équipé d’une tête militaire d’un kilogramme, affiche une portée de l’ordre de 30 kilomètres. Thales l’avait développé à partir de la start-up Aeromapper, qu’il avait rachetée. L’engin avait participé à la compétition Colibri de l’Agence de l’innovation de défense, mais avait été écarté au profit des duos MBDA-Novadem et KNDS-Delair.
Le partenariat avec Renault a conduit à repenser entièrement le prototype d’origine. L’objectif affiché : produire mille exemplaires par mois dès 2027, avec une ambition à l’export, faute de commande massive en France pour l’instant.
Renault dans la défense : forces et limites du pari
Renault face à l’industrie de défense traditionnelle
Sur ce terrain, Renault ne part pas favori. Les acteurs historiques de la défense terrestre, Rheinmetall, KNDS, Nexter, disposent d’une expérience opérationnelle et de relations industrielles avec les armées que le constructeur automobile doit encore construire. L’avantage mis en avant par Renault est ailleurs : sa capacité industrielle à monter rapidement en volume, ses réseaux de fournisseurs, et la modularité de ses plateformes civiles.
Le contexte d’Eurosatory 2026 joue en sa faveur. Le salon, qui réunit plus de 2 600 exposants à Villepinte, s’est ouvert dans une atmosphère de remontée en puissance généralisée. Les chars arrivent désormais équipés de cages de protection antidrone, les systèmes antidrones occupent une place croissante sur les stands, y compris chez Rheinmetall, et les maquettes de munitions téléopérées sont omniprésentes. [3]
Dans ce contexte, un véhicule construit sur base civile, livrable rapidement et capable de piloter des drones depuis son tableau de bord, répond à des besoins concrets. Les armées européennes cherchent à équiper des unités légères, mobiles, capables d’opérer en zone grise sans déployer des blindés lourds.
Une stratégie kaki en trois étages
Le 4 Troop s’inscrit dans ce que Challenges appelle «le troisième étage» de la stratégie défense de Renault. Le premier étage : la collaboration avec l’ETI Turgis et Gaillard sur le drone suicide de longue portée Chorus. Le deuxième : la présentation du 4 Troop avec Thales. Le troisième : la production en masse du Toutatis.
Trois briques distinctes, mais une logique commune. Renault apporte ses capacités industrielles et logistiques, Thales ses technologies militaires et son accès aux marchés de défense. Le duo cherche à s’imposer dans un segment, les systèmes légers pilotables et les véhicules multi-missions, que les armées européennes sont en train de structurer à grande échelle.
Renault indique que le 4 Troop peut entrer en production dès 2027. Pour le Toutatis, l’objectif de série est posé à la même échéance. La vitesse d’exécution sera le vrai test d’une stratégie qui, pour l’instant, se déploie sur les stands d’un salon.
4 Troop et Toutatis : ce qu'il faut retenir
- Le 4 Troop est un véhicule civil militarisé, commandé par la DGA, présenté à Eurosatory le 15 juin 2026.
- Il peut être construit sur plusieurs bases Renault : R4, Dacia Bigster, SUV ou utilitaires légers.
- Drones volants et terrestres pilotables directement depuis le tableau de bord.
- Renault et Thales visent aussi la production en masse du drone kamikaze Toutatis, objectif 1 000 par mois dès 2027.
- Le Toutatis mesure un mètre, porte une tête militaire d'un kilogramme et a une portée d'environ 30 km.
- Faute de commande française massive, le duo vise l'export pour le Toutatis.
Sources
2 sources · 2 faits sourcés
