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3 millions d’hectares étudiés : en Amazonie, sauver les forêts debout protège mieux que les restaurer

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Faut-il d’abord replanter des arbres ou empêcher les forêts existantes de se dégrader ? Une vaste étude menée en Amazonie brésilienne conclut que la lutte contre les incendies et l’exploitation forestière offre les meilleurs résultats pour la biodiversité. La restauration reste indispensable, mais elle se révèle surtout efficace lorsqu’elle accompagne la protection des espaces encore boisés.

En 30 secondes
  • Protéger les forêts existantes contre les incendies et l'exploitation forestière produit plus de bénéfices pour la biodiversité que la restauration seule.
  • La restauration coûte davantage et s'avère moins efficace utilisée isolément, notamment face aux risques accrus de feux.
  • L'approche optimale combine prévention de la déforestation, lutte contre la dégradation et restauration des zones déjà perdues.

Plus de 3 millions d’hectares passés au crible

Publiés dans la revue Science, les travaux portent sur plus de 3 millions d’hectares situés autour de Santarém et de Paragominas, dans l’État brésilien du Pará. Les chercheurs ont analysé l’évolution de ces territoires entre 2010 et 2020.

Leur méthode combine des images satellites détaillées, des observations réalisées sur le terrain et des modèles destinés à reconstituer ce qui aurait pu se produire avec d’autres politiques de conservation. L’étude repose notamment sur 381 transects répartis dans 38 bassins versants et 499 propriétés rurales.

Les scientifiques ont également modélisé la présence de 160 espèces d’oiseaux et 426 espèces d’arbres. Ils ont ainsi pu comparer les effets de plusieurs interventions sur la biodiversité, les réserves de carbone forestier et les dépenses nécessaires.

Empêcher ces perturbations a produit les bénéfices les plus importants pour la biodiversité forestière.

Les incendies et les coupes peuvent abîmer une forêt sans la faire disparaître

Pompier assis dans les décombres enfumés d'un incendie de forêt
Les incendies dégradent gravement les forêts amazoniennes sans toujours les détruire complètement, rendant leur protection préalable cruciale. — Photo : Vadim Braydov / Pexels

L’étude distingue la déforestation, qui entraîne la disparition du couvert forestier, de sa dégradation progressive. Une forêt peut rester visible sur une carte tout en perdant une partie de sa richesse écologique à cause des feux ou des coupes sélectives.

Empêcher ces perturbations a produit les bénéfices les plus importants pour la biodiversité forestière. Pour la conservation du carbone, cette stratégie s’est montrée presque aussi déterminante que la prévention de la déforestation complète.

Cette priorité prend une importance particulière avec l’allongement et l’intensification des saisons sèches. L’association d’El Niño et du changement climatique augmente le risque de feux plus étendus et plus sévères dans l’arc amazonien de la déforestation.

Restaurer coûte davantage et ne peut pas tout compenser

Reconstituer une forêt sur des terres agricoles apporte bien des gains, surtout dans les propriétés où une grande partie de la végétation d’origine a déjà disparu. Mais, à l’échelle de toute la zone étudiée, la restauration utilisée seule s’est révélée moins efficace que les mesures de protection.

Elle était aussi la stratégie la plus coûteuse parmi celles évaluées. Les jeunes forêts restaurées peuvent en outre rester vulnérables aux incendies, ce qui risque de réduire les bénéfices obtenus si les feux ne sont pas maîtrisés parallèlement.

Aucune intervention isolée n’a permis d’effacer l’ensemble des pertes de biodiversité et de carbone. Des gains nets n’apparaissent que lorsque la déforestation et la dégradation sont évitées simultanément. L’ajout de la restauration améliore encore le bilan.

Une stratégie à adapter à chaque territoire

Doigt pointant une région sur une carte détaillée du Brésil
L'adaptation des stratégies de conservation aux caractéristiques propres de chaque territoire est essentielle pour leur efficacité. — Photo : Levy Marchetto / Pexels

Les résultats ne condamnent donc pas la reforestation. Ils montrent plutôt que les financements doivent tenir compte de l’état initial du paysage : priorité à la protection lorsque la forêt subsiste encore, restauration renforcée dans les secteurs déjà largement déboisés.

Les chercheurs soulignent également la responsabilité des filières associées au soja et à l’élevage bovin. Pour être complète, leur action devrait porter non seulement sur la disparition des forêts, mais aussi sur leur dégradation moins visible.

Ce qu’il faut retenir

Protéger les forêts encore debout constitue la première action à mener, sans opposer conservation et restauration. La réponse la plus efficace consiste à empêcher les défrichements, limiter les incendies et les coupes, puis restaurer les zones déjà perdues en fonction des besoins locaux.

Questions fréquentes

Pourquoi la protection des forêts debout est-elle prioritaire à la restauration ?

L’étude montre que la prévention des incendies et des coupes produit les bénéfices les plus importants pour la biodiversité. À l’inverse, la restauration seule s’avère moins efficace et plus coûteuse. Aucune intervention isolée ne peut compenser l’ensemble des pertes ; seule la combinaison de la protection et de la restauration génère des gains nets.

La restauration de forêts présente-t-elle des risques ?

Oui, les jeunes forêts restaurées peuvent rester vulnérables aux incendies, ce qui risque de réduire les bénéfices obtenus si les feux ne sont pas maîtrisés parallèlement. C’est pourquoi la restauration est surtout efficace lorsqu’elle accompagne la protection des espaces encore boisés.

Comment adapter cette stratégie selon les territoires ?

Les financements doivent tenir compte de l’état initial du paysage : priorité à la protection lorsque la forêt subsiste encore, et restauration renforcée dans les secteurs déjà largement déboisés. Cette approche territoriale permet d’optimiser l’efficacité des interventions.

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Antoine Rives
Antoine Rives
Antoine Rives scrute tout ce qui pèse ou allège le budget des ménages français. Prix des courses, énergie, carburant, banque, assurances, abonnements, salaires, impôts et taxes : il part toujours d'un fait daté et chiffré pour dire qui est concerné, de combien et ce qu'on peut concrètement faire — économiser, changer, réclamer. Direct et sans jargon, il remet les montants en perspective à partir de sources françaises.