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Peu de gens le savent, mais la France a passé 4 ans et demi sans avion espion à elle et a dû en louer à une entreprise privée

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Le premier Falcon 8X Archange s’est posé le 7 octobre sur la base aérienne 105 d’Évreux.

L’armée de l’Air et de l’Espace l’a fait savoir le 23 octobre. L’appareil doit rendre aux armées une capacité de renseignement d’origine électromagnétique perdue depuis 2022. La plateforme est un jet d’affaires, le même triréacteur que Dassault vend à des entreprises. Ce choix n’est pas un hasard, et il explique autant les performances annoncées que les trois ans de retard du programme.

Ce qui s’est posé à Évreux, et ce que ce n’est pas encore

L’avion n’est pas en service opérationnel. Il entre dans une phase d’expérimentation et de préparation à l’emploi, menée avec le Centre d’expertise aérienne militaire. Son immatriculation indique d’ailleurs qu’il relève encore de la direction générale de l’armement et de sa branche essais en vol.

La distinction n’est pas de pure forme. Entre l’arrivée d’un appareil sur sa base et la déclaration de capacité opérationnelle, il y a des mois de vols d’évaluation, de rodage des procédures et de formation des équipages, d’autant plus longs que l’escadron destinataire a perdu l’usage de son outil précédent depuis quatre ans et demi.

Pourquoi un jet d’affaires pour écouter

L’argument officiel du ministère tient en une phrase : un porteur de type bizjet offre un domaine d’emploi, en altitude, en manœuvrabilité et en vitesse, proche de celui d’un chasseur. Le Falcon 8X modifié vole à Mach 0,9 jusqu’à 15 500 mètres.

Cela compte pour deux raisons. Plus haut, un capteur voit plus loin, donc couvre une zone plus large. Plus vite et plus manœuvrant, l’avion se place et se dégage mieux face aux systèmes sol-air longue portée modernes. Le ministère annonce une autonomie sur zone deux à trois fois supérieure à celle du Transall qu’il remplace, et des moyens de communication haut débit installés d’origine.

Un Falcon 8X blanc de profil sur une aire de stationnement, hublots de cabine alignés le long du fuselage
Un Falcon 8X d’affaires au stationnement, avec les trois réacteurs caractéristiques du modèle. C’est dans ce volume de cabine, dessiné pour des passagers, qu’il faut loger les baies de calcul du système CUGE. — Photo : Acroterion / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Ce que fait la charge utile de Thales

Le système s’appelle CUGE, pour capacité universelle de guerre électronique. Il intercepte, caractérise et analyse les émissions radio et radar, c’est-à-dire qu’il identifie les radars adverses, leurs modes de fonctionnement et leur position, pour permettre ensuite d’adapter les contre-mesures.

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Le ministère met en avant un capteur unifié capable d’intercepter simultanément le radio et le radar, des antennes multi-polarisation, une sensibilité adaptée aux signaux furtifs à longue distance, et des traitements automatiques assistés par intelligence artificielle. Le renseignement électromagnétique est un métier de volume : le problème n’est pas de capter les signaux, mais de trier ceux qui comptent.

Quatre ans et demi sans capacité

Les deux Transall C-160 Gabriel de l’escadron électronique aéroporté 1/54 « Dunkerque » ont été retirés en 2022, avant l’arrivée de leur remplaçant. Le DC-8 Sarigue, lui, n’a jamais été remplacé depuis 2004.

L’armée de l’Air a donc traversé quatre ans et demi sans avion de recueil stratégique en propre, en se rabattant sur des solutions intérimaires, dont la location d’appareils équipés de capteurs auprès d’un prestataire privé. Le ministère présente le trio d’Archange comme un retour à un niveau de recueil comparable, en quantité, à celui du couple Gabriel et Sarigue du début des années 2000.

Un Transall C-160 gris au sol, radôme bombé sur le nez et carénages d'antennes le long du fuselage
Un Transall C-160G Gabriel, reconnaissable à son radôme de nez et à ses carénages d’antennes. Les deux exemplaires de l’armée de l’Air ont été retirés du service en mai 2022, sans attendre leur remplaçant. — Photo : Colin Cooke Photo / Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0

Trois ans de retard, et la raison donnée en commission

Le programme a été lancé le 8 novembre 2019 et le marché de réalisation notifié le 30 décembre de la même année. Le calendrier officiel prévoyait des livraisons en 2025, 2026 et 2028. Le premier vol n’a eu lieu qu’en juillet 2025, et un avis budgétaire du député Julien Limongi, cité par Zone Militaire, table désormais sur des livraisons échelonnées entre le premier trimestre 2028 et la mi-2029.

La cause a été dite devant le Sénat au printemps par le chef d’état-major des armées, le général Fabien Mandon : « La difficulté est de faire entrer une baie de calcul électronique dans un avion qui a un espace contraint. » Le paradoxe du programme est là. Le jet d’affaires apporte l’altitude, la vitesse et l’allonge, mais pas le volume intérieur d’un avion de transport, et c’est dans ce volume qu’il faut loger l’électronique.

Ce que l’annonce ne dit pas

Aucune date de déclaration de capacité opérationnelle n’est communiquée, pas plus que le calendrier précis des deux appareils suivants ou le coût du programme. Le standard 2 du système, qui doit améliorer la connectivité en vue du combat collaboratif, est pourtant déjà en développement, ses premières briques étant attendues à partir de 2029.

Autrement dit, le premier Archange entrera en service avec un système dont la version suivante sera déjà en chantier. C’est la règle commune des programmes de guerre électronique, où la menace évolue plus vite que les cycles industriels, mais elle se lit rarement aussi nettement dans un calendrier.

Sources

  • Ministère des Armées, Fiche LPM, Aéronef spécialisé de recueil de renseignement et de surveillance électronique (ARCHANGE)
  • Zone Militaire, Le standard 2 du futur avion de renseignement électronique Falcon Archange est déjà en cours de développement, 25 octobre 2026
  • The Aviationist, France’s Archange SIGINT Aircraft Arrives at Évreux Air Base Ahead of Operational Evaluation, 25 octobre 2026
  • Zone Militaire, Guerre électronique : l’armée de l’Air cherche une capacité intérimaire pour remplacer les Transall C-160 Gabriel, 8 juillet 2022

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