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L’armée de l’Air mettait en œuvre les missiles nucléaires d’Albion, mais c’est l’armée de terre qui devrait hériter du futur missile balistique français à 2 500 km

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Le futur missile balistique terrestre français devrait être mis en œuvre par l’armée de terre.

L’information ne vient pas d’une annonce officielle mais d’un avis budgétaire parlementaire, publié en octobre, sur le programme 178 du projet de loi de finances pour 2027, cité par Zone Militaire. Le choix n’est pas anodin : il tranche, au moins provisoirement, une discussion entre l’armée de terre et l’armée de l’Air et de l’Espace sur qui doit porter la frappe dans la profondeur.

Ce que prévoit la loi de programmation

La loi de programmation militaire 2024-2030 actualisée prévoit le lancement d’études dès 2026 pour un missile balistique conventionnel, d’une portée allant prioritairement jusqu’à la classe des 2 500 kilomètres. La capacité opérationnelle initiale est visée pour 2030 ou 2031.

Une portée de cet ordre place l’arme dans une catégorie particulière. Elle ne relève pas de l’appui des forces au contact, qui se mesure en dizaines de kilomètres, mais de la frappe sur les arrières d’un adversaire : dépôts, états-majors, nœuds logistiques, bases aériennes. C’est une capacité que la France ne possède pas aujourd’hui dans le domaine conventionnel. Elle en a possédé une version nucléaire : jusqu’en septembre 1996, dix-huit missiles balistiques sol-sol étaient installés en silos sur le plateau d’Albion, dans le Vaucluse.

Une étude de levée de risque notifiée à ArianeGroup

Selon le même avis budgétaire, une étude dite de levée de risque a été notifiée cet automne à ArianeGroup, et le lancement en réalisation de l’opération est prévu en 2028. Le vocabulaire mérite une traduction : une levée de risque sert à vérifier que les briques techniques existent avant d’engager un programme, pas à produire un missile.

Le choix de l’industriel est logique. ArianeGroup assemble les missiles de la dissuasion océanique et les lanceurs spatiaux, c’est-à-dire la seule filière française maîtrisant la propulsion solide de grande dimension. Un missile balistique conventionnel de 2 500 kilomètres emprunte les mêmes savoir-faire, sans la charge nucléaire.

Une épaisse dalle de béton basculée sur ses rails au-dessus d'un silo désaffecté, végétation sèche alentour
La dalle de protection d’un silo du plateau d’Albion, épaisse d’un mètre cinquante. Dix-huit silos y ont abrité des missiles balistiques sol-sol jusqu’en septembre 1996. — Photo : Mztourist / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Pourquoi l’armée de terre hérite du dossier

L’avis budgétaire présente cette capacité comme permettant au corps d’armée de maîtriser lui-même la chaîne qui va de la compréhension de la situation à la décision, puis à l’action dans la profondeur. Autrement dit, le commandement qui conduit la manœuvre terrestre dispose de son propre moyen de frapper loin, sans dépendre d’un autre milieu.

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L’ancien chef d’état-major de l’armée de terre, le général Pierre Schill, s’était montré plus prudent devant les députés, estimant que la capacité relevait avant tout d’une logique interarmées, et jugeant seulement ouverte l’hypothèse d’un régiment dédié. La question de l’unité qui servira ces missiles reste donc entière.

L’objection de l’armée de l’Air

Le chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace, le général Jérôme Bellanger, a exprimé devant le Sénat en mai une préférence pour une solution aérobalistique, c’est-à-dire un missile tiré depuis un avion. Son argument est la mobilité : « Un missile sol-sol de 2 500 kilomètres, lancé depuis un porteur plutôt terrestre, ne permet guère de mobilité. »

L’objection est sérieuse. Un lanceur terrestre de cette taille se déplace lentement, se repère depuis l’espace et doit être protégé, là où un avion emporte le missile à des centaines de kilomètres de sa base avant de tirer. La réponse inverse est tout aussi sérieuse : un lanceur terrestre ne dépend ni du créneau d’un ravitailleur, ni de la disponibilité d’une flotte de chasse déjà sollicitée. Aucun crédit n’est à ce jour prévu pour l’option aérobalistique.

Trois militaires en tenue de combat discutent au pied d'un lance-roquettes chenillé, conteneur de roquettes visible
Des servants au pied d’un lance-roquettes multiple pendant l’exercice Orion 23. Un lanceur terrestre de grande taille se déplace lentement et se repère depuis l’espace, l’objection principale de l’armée de l’Air. — Photo : U.S. Army 107MPAD by Pfc. Alejandro Carrasquel / Wikimedia Commons, Public domain

Agir sous le seuil

L’actuel chef d’état-major de l’armée de terre, le général Jacques de Montgros, a donné lors de son audition à l’Assemblée nationale la justification stratégique de l’ensemble : plus le fait nucléaire devient visible, plus s’impose l’impératif « d’être capable d’agir sous seuil ».

La formule résume l’intérêt d’un balistique conventionnel. Entre la frappe aérienne classique et l’arme nucléaire, il manque un échelon capable d’atteindre une cible lointaine en quelques minutes, sans engager la dissuasion. C’est précisément l’espace que des puissances non européennes occupent depuis une vingtaine d’années.

Ce qui n’est pas tranché

Aucune décision formelle d’attribution n’a été annoncée, pas plus que le nombre de missiles envisagés, le coût du programme ou le format de l’unité qui les mettra en œuvre. L’avis budgétaire indique une direction, il ne vaut pas arbitrage.

Le calendrier, lui, laisse peu de marge. Entre une étude de levée de risque notifiée cet automne, un lancement en réalisation en 2028 et une capacité opérationnelle visée en 2030 ou 2031, il reste moins de trois ans pour passer du missile à l’unité qui le sert, avec ses servants, ses procédures de ciblage et sa chaîne de commandement. C’est la partie du problème qui ne se résout pas en bureau d’études.

Sources

  • Zone Militaire, Le futur missile balistique terrestre devrait finalement être mis en œuvre par l’armée de Terre, 24 octobre 2026
  • Vie publique, Loi du 1er août 2023 de programmation militaire 2024-2030

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