L’armée de terre prévoit de créer quatre unités nouvelles dès 2027, et pourrait en aligner une dizaine d’autres après 2030, sans que ses effectifs augmentent pour autant.
L’information figure dans l’avis budgétaire de la députée Anna Pic sur les forces terrestres, pour le projet de loi de finances 2027. L’objectif qui commande l’ensemble est connu : disposer d’un corps d’armée pleinement opérationnel d’ici 2030, capable de planifier et de conduire les opérations de plusieurs divisions au sein d’une force multinationale de l’OTAN.
Ce que suppose un corps d’armée
Le vocabulaire mérite d’être traduit. Un corps d’armée n’est pas une grande division : c’est l’échelon qui transforme une coalition en force de combat cohérente, en fournissant le commandement, le renseignement, les feux dans la profondeur et la logistique au profit de divisions venues de plusieurs pays.
Le chef d’état-major de l’armée de terre, le général Jacques de Montgros, l’a dit devant l’Assemblée nationale : on ne peut pas être nation cadre sans disposer d’éléments organiques de corps d’armée robustes. Ce sont précisément ces éléments qui manquent, et qu’il faut créer.
Quatre unités nouvelles dès 2027
Le mouvement commence l’année prochaine. Le 1er régiment d’artillerie recevra une batterie dotée de munitions téléopérées, et le 54e régiment d’artillerie une section dédiée à la lutte antidrone. Le 17e régiment d’artillerie gagnera une batterie sol-air très courte portée ainsi qu’une section de lutte antidrone. Une compagnie de guerre électronique supplémentaire verra le jour au sein du 54e régiment de transmissions.
La liste dessine une priorité claire : les munitions rôdeuses, la lutte contre les drones et la guerre électronique, c’est-à-dire les trois domaines où l’Ukraine a imposé un rythme d’adaptation que les armées occidentales suivent avec retard.

Dix régiments ou bataillons de plus après 2030
L’avis budgétaire avance que l’armée de terre pourrait disposer de dix régiments ou bataillons supplémentaires dédiés aux éléments organiques de corps d’armée, dans le cadre d’une prochaine loi de programmation dite de format.
Quatre fonctions sont visées : les feux et l’action dans la profondeur, avec deux bataillons supplémentaires de lance-roquettes multiples, le renseignement associé aux drones et à la guerre électronique, le commandement, et le soutien. L’accent doit toutefois porter sur la dernière de ces fonctions, car le passage à un corps d’armée suppose un changement d’échelle logistique.
La logistique, « dans un état assez faible »
Le constat du chef d’état-major est sans détour. Devant les députés, après avoir cité la guerre électronique, la défense sol-air et les feux dans la profondeur, le général a insisté sur la logistique, « qui est dans un état assez faible et qui est toujours ce à quoi on pense en dernier mais qui est juste primordial au sens premier du terme si on veut pouvoir se projeter et, surtout, durer ».
Des travaux sont en cours sur la création d’unités dans le soutien médical, le ravitaillement en carburant, le transport et le stockage, l’accueil des unités alliées et la maintenance. Ces fonctions ne font pas les titres, mais ce sont elles qui déterminent combien de temps une force peut tenir une fois déployée.

Deux mille trois cents camions, sept mille attendus ensuite
La loi de programmation actualisée a relevé la cible de camions gros porteurs de 300 véhicules, portant le total livré à 2 300 poids lourds. Le programme de flotte tactique et logistique terrestre doit renouveler les camions-citernes, les porte-blindés, les engins lourds de dépannage et les camions logistiques de 4 à 6 tonnes de charge utile.
L’effet de masse, lui, n’est pas attendu avant la décennie suivante : environ 7 000 véhicules complémentaires entre 2030 et 2040. En attendant, l’avis budgétaire assume le recours au civil, transport ferroviaire, camions porte-blindés et camions-citernes loués, pour atteindre la masse critique nécessaire à un corps d’armée.
Ce que la loi n’a pas tranché
La loi de programmation militaire 2024-2030 actualisée a fait l’impasse sur le format des armées, ce sujet étant renvoyé à un prochain Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale. Les dix régiments évoqués ne sont donc ni budgétés, ni décidés, ni localisés.
La contradiction est assumée : créer des unités sans augmenter les effectifs suppose de prélever ailleurs, dans des régiments existants dont le format n’a pas été revu à la hausse depuis le plan de 2023. C’est la question que le Livre blanc devra trancher, et elle se pose en hommes avant de se poser en matériels.
Sources
- Vie publique, Loi du 1er août 2023 de programmation militaire 2024-2030

