La direction générale de l’armement a procédé le 27 octobre à un premier essai de choc par explosion sous-marine sur la coque de l’ex-frégate anti-sous-marine Latouche-Tréville, désarmée en 2022 après trente-deux ans de service.
L’opération s’inscrit dans le projet CORTEX-BS, qui vise à mieux comprendre ce qu’une mine navale fait réellement à un bâtiment de surface et à ses équipements.
Une coque transformée en banc d’essais
La préparation a demandé plusieurs mois. Les études et les travaux d’instrumentation ont été menés par DGA Techniques navales, en collaboration avec la Marine nationale, l’unité de management Combat naval, DGA Techniques aérospatiales, Naval Group et Safran Electronics & Defense.
Des capteurs installés à bord doivent permettre de suivre la propagation du choc jusqu’aux équipements. C’est là tout l’intérêt d’un navire désarmé : on peut le truffer d’instruments, le soumettre à des charges croissantes et observer ce qui casse, ce qu’aucun essai sur un bâtiment en service n’autoriserait.
Ce que la DGA cherche à mesurer
« Dans un contexte international qui se durcit, ces essais visent à mieux maîtriser les effets des chocs sous-marins provoqués par les mines navales sur les bâtiments de surface de la Marine nationale », explique l’agence. L’objectif est de renforcer la protection des équipements et des équipages « afin de préserver la capacité des navires à poursuivre le combat ».
La formulation mérite attention. Il ne s’agit pas d’empêcher un navire de couler, mais de faire en sorte qu’il continue de se battre après avoir encaissé. Une mine qui explose à distance ne perce pas forcément la coque : elle secoue le bâtiment, et ce sont les équipements arrachés de leurs fixations, les câbles rompus et les cartes électroniques désolidarisées qui mettent le navire hors de combat.

Des tirs progressifs, sans équipage
DGA Techniques navales s’est attachée à concevoir des essais progressifs pour maximiser les données tout en maîtrisant les risques, et à planifier des tirs pyrotechniques en mer, sans équipage et en toute sécurité.
La progressivité est la règle dans ce domaine. On commence loin et faible, on mesure, on rapproche la charge, on mesure de nouveau. C’est la seule façon d’obtenir une courbe de comportement plutôt qu’un unique point de rupture, et c’est aussi ce qui permet de ne pas détruire le banc d’essais au premier tir.
Ce que les données doivent produire
La DGA attend quatre résultats de cette campagne : un référentiel technique actualisé pour la tenue au choc des navires de surface, des simulations numériques validées réduisant les coûts et les délais d’essais, la vérification au choc des équipements modernisés et des nouvelles technologies en conditions réelles, et des compétences nationales renforcées en qualification au choc.
Le deuxième point est le plus structurant économiquement. Une simulation validée par des mesures réelles permet ensuite de qualifier un équipement par le calcul plutôt que par l’explosion, ce qui change l’ordre de grandeur des coûts pour tous les programmes navals à venir.

Pourquoi la mine revient au premier plan
La mine navale est l’arme du faible au fort par excellence : peu coûteuse, difficile à détecter, elle interdit un accès sans qu’il soit besoin de l’emporter au combat. C’est ce qui explique le regain d’intérêt pour ses effets.
Un bâtiment moderne est par ailleurs plus vulnérable au choc qu’un navire ancien, parce qu’il est bourré d’électronique. Plus un navire dépend de capteurs, de calculateurs et de liaisons, plus une secousse violente risque de le priver de ce qui fait sa valeur militaire, même sans voie d’eau.
Le précédent du Courbet, avec équipage
Ce n’est pas le premier essai de ce type. En février 2025, la Marine avait fait subir un essai de choc à la frégate Courbet, en service, en faisant exploser une mine navale à bonne distance. L’objectif était d’évaluer la résistance du navire et de ses équipements, mais aussi d’aguerrir son équipage.
Le ministère avait alors annoncé d’autres campagnes, jugeant pertinent, « compte tenu du durcissement du contexte international », de recourir de nouveau à ces expérimentations en mer au plus proche des conditions réelles. Aucune n’avait suivi jusqu’au 27 octobre, et celle-ci se fait sans équipage, sur une coque vouée à la destruction.
Ce que l’essai ne dit pas
Ni la puissance des charges employées, ni la distance de tir, ni le nombre d’essais prévus dans la campagne ne sont communiqués, pas plus que le sort final de la coque. Ces paramètres sont précisément ceux qui donneraient la mesure de la menace simulée.
Reste une question que l’annonce laisse ouverte : celle du parc disponible pour ce genre d’exercice. Une coque instrumentée est consommée par les essais, et la Marine ne désarme pas une frégate par an. Le référentiel technique que la DGA veut constituer devra donc tenir longtemps, à partir d’un nombre de tirs forcément limité.
Source :
- Direction générale de l’armement, « DGA Techniques navales », 17 août 2023
https://www.defense.gouv.fr/dga/dga-techniques-navales
Présente le centre d’expertise qui a conçu et instrumenté la campagne d’essais de choc sur la coque. - Zone Militaire, « Désarmée en 2022, l’ex-frégate Latouche-Tréville est désormais utilisée par la DGA pour des essais de choc », 31 octobre 2026
https://www.opex360.com/2026/10/31/desarmee-en-2022-lex-fregate-latouche-treville-est-desormais-utilisee-par-la-dga-pour-des-essais-de-choc/
Rapporte le premier essai du 27 octobre, les industriels associés et les résultats attendus de la campagne.

