La Section technique de l’armée de terre développe déjà le troisième standard de Proteus, son système de lutte antidrone.
Elle l’a fait savoir cette semaine, moins de deux ans après le lancement du projet, en avril 2024. Le principe assumé est l’inverse de celui d’un programme d’armement classique : prendre un canon antiaérien conçu dans les années 1970 et lui ajouter, par paliers, ce qui lui manque pour abattre des drones.
Un canon de 1970 et une caméra thermique
Dans son premier standard, Proteus associait un canon antiaérien de 20 millimètres monté sur un affût tracté 53T2, une caméra thermique baptisée SANDRA et un ordinateur, le tout installé sur un camion TRM 2000.
Le canon lui-même a été développé par l’ancien GIAT dans les années 1970. Il porte à 1 500 mètres et tire 700 coups par minute. Ces caractéristiques, inadaptées à l’aviation de combat moderne, conviennent en revanche parfaitement à une cible lente, petite et peu manœuvrante comme un drone.
L’intelligence artificielle dans le deuxième standard
Le standard 2 a été développé avec le concours de l’Agence ministérielle de l’intelligence artificielle de défense. Il apporte une nouvelle caméra pour améliorer la détection et des algorithmes censés anticiper la trajectoire d’une cible afin de déterminer le moment le plus opportun pour déclencher le tir, en tenant compte de la vitesse de l’appareil visé et des conditions météorologiques.
Le problème à résoudre est celui du temps de vol de l’obus. Contre une cible lente mais imprévisible, il ne suffit pas de viser où elle se trouve : il faut viser où elle sera, et c’est exactement le type de calcul qu’un algorithme entraîné fait mieux qu’un servant.

Du camion au porteur aérotransportable
Dans ce deuxième standard, le système est mis en œuvre depuis le PALADIN, un porteur adapté à la lutte antidrone conçu par Scania à partir du V3P Vampire, et transportable par voie aérienne.
Ce changement de porteur n’est pas un détail. Un système antidrone n’a d’utilité que s’il accompagne la force qu’il protège, et donc s’il part avec elle. Passer d’un camion ancien à un véhicule aérotransportable, c’est faire passer Proteus d’un moyen de protection de site à un moyen de campagne.
Ce que prévoit le troisième standard
Les améliorations annoncées portent sur l’électrification de l’affût et sur l’asservissement de ses mouvements à la solution de tir. S’y ajoutent l’optimisation des algorithmes et l’intégration de nouveaux capteurs de détection, dont la nature n’a pas été précisée.
L’asservissement est la véritable rupture. Tant que l’affût est pointé à la main, la qualité du tir dépend du servant ; une fois l’affût électrifié et piloté par le calculateur, la solution de tir commande directement le canon. C’est le passage d’une arme assistée par ordinateur à une arme conduite par lui.

Une chaîne à trois maillons
Le 35e régiment d’artillerie parachutiste, unité de référence en matière de lutte antidrone, met en œuvre une chaîne en trois temps : un véhicule de l’avant blindé ARLAD pour détecter les cibles, un fusil brouilleur NEROD pour les fragiliser, puis Proteus pour les abattre.
Cette répartition décrit bien l’état de l’art. Aucun système ne traite seul la menace : il faut voir, perturber, puis détruire, et chaque maillon relève d’un matériel différent. C’est aussi ce qui rend la lutte antidrone coûteuse en véhicules et en personnel, pour un résultat qui reste local.
Cinquante systèmes d’ici 2030
La loi de programmation militaire actualisée a confirmé que l’armée de terre serait dotée de cinquante systèmes Proteus à l’horizon 2030. La Section technique revendique une approche pragmatique, consistant à moderniser un système d’arme existant et éprouvé pour renforcer progressivement ses capacités.
Le calcul est d’abord celui du délai. Un programme neuf se compte en années avant la première livraison ; la modernisation d’un canon déjà en parc met un matériel utilisable entre les mains des unités en quelques mois. C’est ce que l’Ukraine a rappelé à toutes les armées occidentales, et Proteus en est l’application française la plus visible.
Ce qui n’est pas précisé
Ni le calendrier du standard 3, ni le coût de chaque palier, ni le nombre de systèmes déjà livrés ne sont communiqués. La nature des nouveaux capteurs reste également inconnue.
Reste la question de fond que cette approche incrémentale ne résout pas : un canon de 20 millimètres qui porte à 1 500 mètres impose d’attendre que le drone soit déjà proche. Contre des engins lancés en nombre et à bas coût, la rapidité d’adaptation ne compense pas indéfiniment l’allonge.
Source :
- Armée de Terre, « La section technique de l’armée de Terre », 22 avril 2022
https://www.defense.gouv.fr/terre/unites-larmee-terre/grands-commandeurs/commandement-du-combat-du-futur-ccf/section-technique-larmee-terre-0
Présente l’organisme qui conduit le projet Proteus et son rattachement au commandement du combat du futur.

