Première région de production automobile en France, les Hauts-de-France concentrent 56 000 salariés et plus de 30 % de la fabrication nationale, mais la filière traverse une crise qui frappe durement les entreprises locales.
700 000 véhicules sortent chaque année des usines de la région. C’est le premier chiffre qui frappe quand on parle des Hauts-de-France et de l’automobile : plus d’un véhicule fabriqué en France sur trois y est assemblé. Toyota, Renault et Stellantis y ont installé sept sites de production. Autour d’eux gravite un tissu dense de 550 fournisseurs, sous-traitants et prestataires, dont 200 équipementiers. La chaîne de valeur est presque entière.
La position géographique y contribue. La moitié de la production européenne de véhicules se situe dans un rayon de 600 km autour de la région, et les deux tiers des constructeurs du continent s’y trouvent à portée logistique. Pour un assembleur ou un équipementier, c’est une donnée qui compte au moment de choisir l’emplacement d’un site.
4e région pour l’emploi, première pour la production : un paradoxe à comprendre
Les chiffres de l’emploi racontent une autre histoire. Selon l’Insee, les Hauts-de-France comptaient en 2023 exactement 41 370 salariés dans la filière automobile, répartis dans 473 établissements. Ce total place la région au quatrième rang national, derrière l’ÃŽle-de-France (63 650 emplois), le Grand Est (57 380) et l’Auvergne-Rhône-Alpes (51 310).[3]
L’écart entre les 56 000 emplois mis en avant par la Région et les 41 370 salariés comptabilisés par l’Insee tient au périmètre retenu : la statistique régionale intègre des activités connexes que la filière manufacturière stricto sensu exclut. Ce que les deux sources s’accordent à souligner, c’est le poids relatif : l’automobile représente 2,5 % de l’emploi salarié total dans les Hauts-de-France, soit plus du double de la moyenne nationale (1,2 %). La région accueille un salarié automobile français sur huit.[3]
| Région | Emplois salariés |
|---|---|
| ÃŽle-de-France | 63 650 |
| Grand Est | 57 380 |
| Auvergne-Rhône-Alpes | 51 310 |
| Hauts-de-France | 41 370 |
Source : Insee Flash Hauts-de-France n° 180, juin 2026
Hénin-Beaumont, 4 février 2026 : la filière tire la sonnette d’alarme

Le 4 février 2026, la FIEV, l’UIMM Flandre Artois et l’ARIA Hauts-de-France ont réuni les acteurs du secteur à Hénin-Beaumont. L’objectif affiché : prendre la mesure d’une crise décrite comme sans précédent, et présenter des réponses concrètes.[2]
Le mot d’ordre de la réunion : stopper le désourcing vers des acteurs chinois massivement subventionnés. Les organisations professionnelles présentes ont appuyé leurs propositions sur des travaux du Gerpisa, le Groupe d’études et de Recherche Permanent sur l’industrie et les Salariés de l’Automobile. Les mesures défendues visent à imposer des exigences de contenu local dans les marchés publics et les appels d’offres, un dossier qui fait l’objet de discussions à l’échelle européenne. La logique : préserver ce qui existe avant de vouloir faire croître.
Ce n’est pas un signal isolé. La filière automobile française dans son ensemble emploie 329 000 salariés et représente 1,1 % du PIB national, selon une publication de l’Insee parue en décembre 2025. Sur la période 2010-2023, le secteur manufacturier automobile a reculé en France, entre délocalisations et mutations technologiques. Les Hauts-de-France absorbent une part de ce recul avec d’autant plus d’acuité que leur tissu industriel y est structurellement exposé.
Pourquoi la capitale automobile française est sous tension
Les gigafactories, pari sur l’avenir ou bouée de sauvetage
La réponse régionale passe par l’électromobilité et, surtout, par les batteries. Trois gigafactories sont en cours d’implantation dans les Hauts-de-France, portées par des acteurs comme DBT, Envision et ACC.[4] Les projections associées parlent de 7 500 emplois directs et 15 000 emplois indirects, notamment dans la filière de recyclage de batteries.
La Région soutient également le développement de bornes de recharge rapide et des activités de fabrication de batteries nouvelle génération. L’enjeu n’est pas seulement de compenser les pertes d’emplois dans l’assemblage traditionnel : c’est de repositionner la région dans une chaîne de valeur électrique qui se construit encore, et où la concurrence internationale est déjà vive.
Que les gigafactories tiennent leurs promesses d’emploi reste à confirmer dans le temps. Mais le positionnement géographique de la région, son savoir-faire industriel accumulé et la densité de son réseau de sous-traitants constituent des atouts réels pour attirer et ancrer ces nouvelles activités. La Banque des Territoires accompagne ces projets de développement de la filière, signe que l’enjeu dépasse le seul périmètre régional.[1]
Filière automobile Hauts-de-France : les chiffres clés
- Les Hauts-de-France produisent plus de 30 % des véhicules fabriqués en France chaque année.
- Toyota, Renault et Stellantis exploitent 7 sites de production dans la région.
- La région se classe 4e pour l'emploi automobile selon l'Insee, avec 41 370 salariés en 2023.
- Trois gigafactories de batteries y sont en cours d'implantation : DBT, Envision et ACC.
- Le 4 février 2026, la FIEV et ses partenaires ont réuni la filière à Hénin-Beaumont face à une crise décrite comme sans précédent.
Sources
4 sources · 5 faits sourcés
