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Thales rafle Exail pour 3,9 milliards d’euros après l’échec de Safran et vise la domination sous-marine

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Thales acquiert Exail Technologies pour 3,9 milliards d’euros, décrochant le spécialiste français des drones sous-marins après le retrait de Safran.

L’accord signé le 6 juillet avec la famille Gorgé porte sur l’ensemble du capital d’Exail, à 134 euros par action. Une prime de 5,5 euros sur l’offre de Safran, abandonnée trois jours plus tôt. Thales s’empare d’abord des 35,51 % détenus par les fondateurs, puis lancera une offre publique obligatoire sur le solde. Clôture prévue début 2028 au plus tard.

La transaction conclut une séquence de deux semaines à rebondissements. Le 26 juin, Safran annonçait des négociations exclusives avec Exail, au prix de 128,50 euros par action. Le 3 juillet, les deux groupes annonçaient la rupture, sans détail sur les points de blocage. Trois jours après, Thales entrait en scène avec une offre supérieure et un accord conclu.

Raphaël Gorgé, président d’Exail, a qualifié l’opération de « meilleure solution de long terme » pour l’entreprise. Le conseil d’administration d’Exail a accueilli favorablement la proposition, à l’unanimité. Un comité ad hoc supervisera les travaux de l’expert indépendant chargé d’émettre l’attestation d’équité, étape obligatoire avant l’avis motivé du conseil.

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En chiffres
3,9 Mds €
Valeur de l'acquisition d'Exail par Thales
+400 M€ vs offre Safran
134 €
Prix par action proposé par Thales
vs 128,50 € (Safran)
90 M€
Synergies attendues d'ici 2032
Revenus et coûts combinés
479 M€
Chiffre d'affaires Exail 2025
Croissance à deux chiffres en 2026
2 200
Employés chez Exail
Présence dans plus de 80 pays

Un actif stratégique pour la guerre sous-marine

Exail produit des drones autonomes de surface et sous-marins, déployés pour le déminage, la cartographie des fonds, et de plus en plus pour la lutte anti-sous-marine et le renseignement. La société, anciennement ECA Group avant sa fusion avec iXblue, réalise 479 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025[1], avec une croissance à deux chiffres attendue en 2026. Elle emploie plus de 2 200 personnes et exporte dans plus de 80 pays, sans restriction ITAR.

Thales, fabricant de systèmes sonar parmi les plus importants au monde, capte ainsi une brique manquante : les porteurs autonomes. L’équipementier détient déjà les sonars remorqués déployés par de nombreuses marines occidentales. L’ajout des drones d’Exail lui donne une offre complète en lutte anti-mines automatisée et en guerre sous-marine, domaine en expansion rapide.

L’acquisition apporte également à Thales les systèmes de navigation inertielle d’Exail, utilisés dans l’aéronautique, la marine et l’espace. Ces centrales inertielles à fibres optiques complètent les capacités propres de Thales dans ce segment. La navigation et la robotique maritime représentent 76 % du chiffre d’affaires d’Exail, le reste provenant des technologies avancées, notamment en photonique[2].

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Les offres successives sur Exail Technologies
Date Acquéreur Prix par action Valeur totale Issue
26 juin 2026 Safran 128,50 € ~3,5 Mds € Échec (3 juillet)
6 juillet 2026 Thales 134,00 € 3,9 Mds € Accord signé

Source : AeroMorning, Thales Group

Pourquoi cette acquisition change la guerre sous-marine

Domination sous-marine
Thales capte une offre complète sonar-drone-navigation, décisive face à la montée des tensions en Indopacifique et en Méditerranée. Plusieurs marines modernisent leurs flottes anti-mines et anti-sous-marines.
Surenchère gagnante
Les 5,50 euros de plus par action ont pesé, mais l'adéquation industrielle avec Thales (déjà présent en guerre sous-marine) a peut-être autant compté que le prix face à Safran, plus éloigné du métier.
Synergies à 90 millions
Thales table sur plus de 90 M€ d'impact opérationnel d'ici 2032, avec relution dès l'année 1. L'acquisition booste le CA et la marge, sans diluer le BPA ajusté.
Souveraineté technologique
Exail est ITAR-free, exporte dans 80 pays, et détient des technologies duales (civil-défense). Le rapprochement préserve une base industrielle européenne face aux acteurs américains et chinois.

Synergies annoncées à 90 millions d’ici 2032

A pen pointing to a financial graph showing sales and total costs.
A pen pointing to a financial graph showing sales and total costs. — Photo : Kindel Media / Pexels

Thales prévoit un impact positif immédiat sur son compte de résultat. L’opération sera relutive dès la première année sur le bénéfice par action ajusté, selon le groupe. Les synergies de revenus et de coûts devraient peser plus de 90 millions d’euros sur le résultat opérationnel ajusté d’ici à 2032[3]. L’acquisition sera également relutive sur le chiffre d’affaires et la marge opérationnelle ajustée.

Thales y voit un moyen de gagner une masse critique dans le segment en forte croissance des contre-mesures de mines automatisées, et d’accélérer l’innovation en lutte anti-sous-marine. Patrice Caine, PDG de Thales, a souligné que le rapprochement renforcerait « la souveraineté technologique de l’Europe » et la base industrielle de haute technologie partagée par les deux groupes.

L’acquisition de la participation familiale doit se boucler au troisième trimestre 2026. L’offre publique obligatoire suivra, couvrant l’ensemble des actions et obligations convertibles en circulation. Le dossier sera soumis à l’Autorité des marchés financiers, puis aux autorités de la concurrence.

Pourquoi Safran a jeté l’éponge

La rapidité de la volte-face interroge. Safran et Exail n’ont communiqué aucun détail sur les points de désaccord : ni valorisation finale, ni gouvernance, ni répartition du capital, ni clause de non-concurrence. Les deux groupes se sont contentés d’indiquer qu’ils « ne sont pas parvenus à s’entendre sur des conditions mutuellement acceptables ». Exail a réaffirmé sa stratégie de long terme, Safran n’a rien ajouté.

Trois jours plus tard, Thales annonçait un accord verrouillé. La surenchère de 5,50 euros par action a pesé, mais l’analyse du dossier suggère que l’adéquation industrielle et peut-être la gouvernance ont joué autant que le prix. Thales opère déjà dans la guerre sous-marine ; Safran se serait diversifié dans un métier adjacent, mais distinct de son cÅ“ur aéronautique et spatial.

Le marché a salué l’opération : l’action Exail grimpait de 3 % à 126,20 euros le 6 juillet en matinée, celle de Thales gagnait 1,5 % à 241,70 euros. L’écart entre le cours et le prix d’offre reflète les délais d’approbation et le risque réglementaire résiduel, mais reste faible.

Pour Thales, l’enjeu dépasse le périmètre français. Les drones sous-marins et de surface deviennent des atouts stratégiques face à la montée des tensions en Indopacifique et en Méditerranée. Plusieurs marines européennes et asiatiques modernisent leurs flottes de lutte anti-mines et investissent dans l’anti-sous-marin automatisé. L’offre intégrée sonar-drone-navigation ouvre des marchés export que ni Thales ni Exail ne couvraient seuls.

L’accord prévoit une indemnité de résiliation dont le principe et le montant sont déjà convenus, au cas où l’une des parties se retirerait. Thales s’est engagé à négocier de bonne foi un accord de rapprochement complet avec Exail, incluant cette clause de protection.

Thales-Exail : les étapes de l'opération à 3,9 milliards

  • Thales rachète Exail Technologies pour 3,9 milliards d'euros, à 134 € par action
  • Safran avait proposé 128,50 € par action fin juin, avant de se retirer le 3 juillet
  • L'accord porte d'abord sur les 35,51 % de la famille Gorgé, puis OPA obligatoire sur le solde
  • Exail produit des drones sous-marins de déminage et de lutte anti-sous-marine, 479 M€ de CA en 2025
  • Thales prévoit plus de 90 M€ de synergies d'ici 2032, relution dès l'année 1
  • Clôture de l'OPA attendue début 2028 au plus tard
Hélène Vasseur
Hélène Vasseur
Correspondante défense & militaire Hélène couvre l'industrie de défense et les questions militaires. Contrats export, programmes d'armement, budgets : elle décrypte un secteur où l'industriel et le politique sont indissociables, en s'en tenant aux faits. Naval Group, Dassault, Thales, MBDA, KNDS, elle en connaît les dossiers.

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