Il ressemblait aux autres manchots papous, mais son ADN racontait une autre histoire. Une vaste étude génomique distingue quatre espèces différentes au sein de ce groupe et décrit Pygoscelis kerguelensis, propre aux îles Kerguelen et probablement à l’île Heard.
Cette nouvelle classification concerne directement la France, puisque les Kerguelen appartiennent aux Terres australes et antarctiques françaises. Elle pourrait aussi modifier la manière dont ces oiseaux sont évalués et protégés.
- Le manchot papou n'est pas une espèce unique mais quatre espèces distinctes révélées par l'analyse génomique de 64 oiseaux.
- Une nouvelle espèce cryptique, Pygoscelis kerguelensis, a été identifiée aux îles Kerguelen et probablement à Heard.
- Les trois espèces subantarctiques risquent de perdre des habitats favorables d'ici 2050 selon les modèles climatiques.
Une nouvelle espèce cachée derrière une apparence familière
Le manchot du sud-est, nom proposé pour la population des Kerguelen, possède le dos sombre, le ventre blanc, une bande claire au-dessus des yeux et un bec orangé à pointe noire. Ses différences physiques avec ses proches parents restent discrètes, mais son profil génétique forme une lignée nettement distincte.
Les chercheurs parlent d’une espèce cryptique : un animal presque impossible à différencier visuellement d’espèces apparentées, malgré une histoire évolutive autonome. Il s’agirait de la première nouvelle espèce de manchot formellement nommée depuis plus de cent ans.
Il s'agirait de la première nouvelle espèce de manchot formellement nommée depuis plus de cent ans.
Le séquençage de 64 oiseaux rebat toute la classification

L’équipe internationale a étudié les génomes complets de 64 manchots provenant de dix colonies, réparties sur presque toute l’aire géographique du manchot papou. Les scientifiques ont également comparé leur taille, leur coloration, leurs cris, leur alimentation, leurs périodes de reproduction et leurs comportements de recherche de nourriture.
Les résultats conduisent à reconnaître quatre espèces :
- Pygoscelis papua, présent aux Malouines et sur l’île Martillo ;
- Pygoscelis ellsworthi, installé notamment dans la péninsule Antarctique ;
- Pygoscelis taeniata, associé entre autres aux îles Crozet, Marion et Macquarie ;
- Pygoscelis kerguelensis, identifié aux Kerguelen et probablement présent à Heard.
Ces lignées auraient divergé au cours des 300 000 à 500 000 dernières années. L’isolement des archipels et le front polaire antarctique, une zone de transition marquée des eaux du sud, auraient limité les déplacements et favorisé leur évolution séparée.
Une alimentation souple qui a favorisé l’isolement
Les manchots papous consomment des proies variées, notamment des poissons, du krill, des calmars et des seiches. Cette souplesse leur permet de se nourrir sans nécessairement parcourir de très longues distances depuis leur colonie.
Comme ils reviennent aussi régulièrement sur les mêmes sites de nidification, certaines populations sont restées isolées pendant de longues périodes. Peu à peu, la sélection naturelle a renforcé des adaptations propres à chaque environnement, visibles aujourd’hui dans leurs génomes.
Les populations insulaires pourraient manquer de refuges

Les chercheurs ont modélisé l’évolution des habitats sous un scénario climatique modéré à l’horizon 2050. Les trois espèces subantarctiques pourraient perdre des zones favorables sur les îles qu’elles occupent actuellement, sans toujours disposer d’un territoire de remplacement à proximité.
Le manchot antarctique pourrait, au contraire, étendre son aire vers le sud. Les auteurs précisent toutefois que leurs modèles ne prennent pas pleinement en compte la capacité des oiseaux à changer de proies, à se déplacer ou à exploiter des microhabitats : ils ne constituent donc pas une prévision certaine d’extinction.
Le changement climatique n’est pas la seule menace. La dégradation des habitats, les rats et les chiens introduits, la concurrence avec la pêche commerciale ainsi que les captures accidentelles peuvent également fragiliser les colonies.
Ce qu’il faut retenir
Le « manchot papou » ne désignerait plus une seule espèce mondiale, mais quatre lignées évolutives distinctes. La population des Kerguelen devient ainsi une espèce à part entière dans la classification proposée, avec ses propres vulnérabilités.
L’enjeu consiste désormais à évaluer séparément chaque espèce, au lieu de les regrouper sous un statut global susceptible de masquer le déclin de petites populations insulaires. Pour la France, cela signifie notamment mieux prendre en compte le manchot des Kerguelen dans la surveillance et la protection de l’archipel.
Questions fréquentes
Pourquoi les quatre espèces de manchots papous sont-elles restées isolées les unes des autres ?
L’isolement des archipels et le front polaire antarctique, une zone de transition marquée des eaux du sud, ont limité les déplacements entre populations. De plus, leur alimentation souple leur permet de se nourrir sans parcourir de très longues distances, et comme elles reviennent régulièrement sur les mêmes sites de nidification, certaines populations sont restées isolées pendant de longues périodes.
Quelles sont les principales menaces pour ces espèces de manchots dans les années à venir ?
Les modèles climatiques prédisent une perte de zones favorables pour les trois espèces subantarctiques d’ici 2050. Au-delà du changement climatique, la dégradation des habitats, les rats et chiens introduits, la concurrence avec la pêche commerciale et les captures accidentelles fragilisent également les colonies.
Pourquoi cette nouvelle classification change-t-elle l'approche de protection de ces manchots ?
L’enjeu consiste à évaluer séparément chaque espèce au lieu de les regrouper sous un statut global susceptible de masquer le déclin de petites populations insulaires. Pour la France notamment, cela signifie mieux prendre en compte le manchot des Kerguelen dans la surveillance et la protection de l’archipel.

