Le pod de désignation TALIOS de Thales totalise 50 000 heures de vol sur Rafale et prépare l’arrivée de l’intelligence artificielle embarquée en 2026.
Thales revendique dix ans de développements successifs sur sa nacelle de désignation laser TALIOS, acronyme de Targeting Long-range Identification Optronic System. Conçu pour remplacer le pod Damoclès, l’équipement équipe les Rafale de la Marine nationale depuis début 2020. L’armée de l’Air et de l’Espace a déclaré sa première capacité opérationnelle sur Rafale F3-R le 29 octobre 2020. La première frappe en opération a eu lieu en 2021, lors d’une mission contre l’État islamique dans le cadre de l’opération Chammal.
Depuis, le système a subi plusieurs incréments capacitaires. Parmi eux, la fonction Vision Permanent : elle superpose la vidéo temps réel à une carte 3D de l’environnement opérationnel pour raccourcir le temps d’appréciation de la situation tactique. Thales a aussi développé un mode d’identification air-air, un capteur couleur à portée accrue par rapport à la caméra thermique d’origine, ainsi que de nouveaux modes de reconnaissance aérienne tactique commandés au titre du programme Rafale F4. Ces modes font du pod un outil polyvalent, capable d’assurer à la fois l’attaque au sol et la reconnaissance aérienne sur un même vol.
L’IA embarquée arrive avec le standard F4.3
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Le volet le plus récent porte sur l’intelligence artificielle. Le traitement d’images est désormais réalisé à bord de l’avion, sans liaison de données externe[1]. Thales s’appuie sur son accélérateur cortAIx, une brique matérielle baptisée Thales Neural Processor. L’objectif : transférer à bord une analyse d’imagerie jusqu’ici effectuée au sol. Le système présélectionne les objets d’intérêt, puis les transmet au pilote. Thales précise que la décision d’engagement reste dans tous les cas du ressort de l’équipage. Cette version doit entrer en service à partir de 2026 avec le standard Rafale F4.3.
L’intégration de l’IA supprime la dépendance aux liaisons de données additionnelles, ce qui contourne les risques de perturbation des communications. La sécurité opérationnelle s’en trouve renforcée, tandis que les temps de réponse mission se raccourcissent. Les pilotes reçoivent une intelligence exploitable en temps réel pendant le vol, ce qui modifie la boucle décisionnelle en environnement complexe. Le recours à l’apprentissage profond embarqué constitue une première pour les systèmes optroniques aéroportés français.
67 pods livrés à horizon 2025, 82 en 2030

La Direction générale de l’armement a notifié en avril 2022 une commande ferme de 21 nacelles supplémentaires[3]. Cette commande portait à 67 le nombre de pods devant être livrés à l’armée de l’Air et de l’Espace et à la Marine nationale à l’horizon 2025. Un complément de 15 exemplaires, décidé lors de l’ajustement annuel de la loi de programmation militaire, doit porter le total à 82 pods en 2030.
| Étape | Nombre de pods | Échéance |
|---|---|---|
| Contrat initial | 46 | 2024 |
| Commande avril 2022 | 67 | 2025 |
| Complément LPM | 82 | 2030 |
Source : Janes
Les nouveaux pods livrés supportent l’ensemble des capacités développées pour le standard F4 et permettent aux Rafale F4 d’effectuer à la fois des missions de reconnaissance aérienne et d’attaque au sol ou de surface. Un porte-parole de Thales a précisé à Janes que les pods seront également intégrés sur le standard Rafale F3-R, sans toutefois dévoiler la valeur de la commande.
Pourquoi l'IA embarquée change le rôle du pod
Le contrat DIDEROT et l’exploitation des données HUMS
La disponibilité du parc est encadrée par le contrat de soutien DIDEROT passé avec la Direction de la maintenance aéronautique. Thales s’appuie sur trois leviers : un centre d’excellence dédié à l’optronique aéroportée, des assistants techniques déployés sur bases aériennes, et l’exploitation des données HUMS intégrées dès la conception du pod. Ces données, collectées par le système Health and Usage Monitoring System, sont analysées par les équipes de data scientists de Thales pour anticiper les défaillances et orienter les diagnostics avant l’apparition d’une panne.
Ce modèle de maintenance prédictive vise à réduire les immobilisations non programmées et à allonger les intervalles entre révisions. Il s’inscrit dans une logique de disponibilité élevée, critère déterminant pour un système embarqué sur une flotte de combat soumise à des taux d’emploi soutenus, notamment en opérations extérieures. Le HUMS transmet en continu des paramètres de santé de l’équipement, ce qui permet de passer d’une maintenance planifiée à une maintenance conditionnelle.
Un centre d’excellence à Châtellerault-La Brelandière

Le centre d’excellence est implanté à Châtellerault-La Brelandière, en Nouvelle-Aquitaine. Inauguré après une montée en puissance débutée au premier trimestre 2022, il regroupe environ 70 collaborateurs sur une infrastructure de 4 000 m² dédiée à la maintenance. Plus d’une cinquantaine de recrutements sont prévus d’ici 2030. Le site dispose de 720 m² de salles blanches et assure la réparation des pods TALIOS ainsi que des capteurs OSF et DAL du Rafale. Une chaîne consacrée aux capteurs IRST doit également y être ouverte.
Ce regroupement d’activités sur un même site permet de mutualiser les compétences optroniques et de rationaliser les flux logistiques. La consolidation des savoir-faire en un seul lieu facilite le transfert de technologies entre les différents programmes de senseurs embarqués. Un second contrat, RAVEL, couvre par ailleurs une partie du soutien optronique du Rafale, ce qui témoigne de la volonté de structurer l’ensemble de la chaîne de maintenance autour de quelques plateformes pivots.
Thales leader européen de l’optronique aéroportée
Thales revendique la première place en Europe dans le domaine de l’optronique aéroportée[5]. Le groupe équipe 30 plateformes aériennes et capitalise sur 50 ans d’expérience dans ce secteur. Cette position s’appuie sur une offre qui couvre à la fois les systèmes de vision améliorée, les pods de désignation laser et les systèmes d’alerte infrarouge. Le système de vision améliorée EVS, par exemple, utilise des détecteurs infrarouges et un traitement d’image avancé pour fournir une imagerie haute définition de jour comme de nuit. Certifié sur A400M et en service dans plusieurs forces aériennes, il améliore la sécurité lors des approches et des atterrissages en conditions de visibilité dégradée.
Le positionnement de Thales repose également sur sa capacité à intégrer rapidement des briques technologiques transverses, comme l’intelligence artificielle ou les architectures logicielles avancées. L’industriel mise sur la simulation, les lasers, la biométrie et l’électronique de pointe pour maintenir son avance face à la concurrence européenne et américaine. Le marché de l’optronique aéroportée connaît une dynamique soutenue, portée par la modernisation des flottes de combat et par l’émergence de nouvelles menaces nécessitant des capacités de reconnaissance et d’identification accrues.
Pod TALIOS : les étapes clés
- Le pod TALIOS a remplacé le Damoclès sur les Rafale à partir de 2020
- La première frappe opérationnelle a eu lieu en 2021 contre l'État islamique (opération Chammal)
- L'IA embarquée entrera en service en 2026 avec le standard F4.3, sans liaison de données externe
- 67 pods livrés d'ici 2025, 82 d'ici 2030 après un complément de 15 exemplaires
- Un centre de maintenance de 4 000 m² à Châtellerault regroupe 70 collaborateurs et prévoit 50 recrutements d'ici 2030
- Le contrat DIDEROT s'appuie sur les données HUMS pour anticiper les défaillances
Sources
3 sources · 3 faits vérifiés

